Critique de La Cabane dans les bois

Note : 4/10

Précédé d’une réputation élogieuse, ce film produit par Joss Whedon (Avengers) et réalisé par Drew Goddard (scénariste de Cloverfield) était séduisant. Avengers et Cloverfield étant deux films très bons, presque tous les indicateurs étaient au vert. Seulement voilà…

Le film débute par la préparation d’un week-end de fête entre étudiants. Ces derniers semblent bien correspondre aux clichés des personnages des slashers. Deux jeunes hommes musclés, dont Thor himself, s’il-vous-plaît, accompagnent deux jeunes filles plus ou moins sexys et un fumeur d’herbe un peu chétif. La particularité étant que le sportif blond nous est présenté comme un étudiant intelligent, ce qu’il ne démontrera pourtant jamais au cours de l’heure et demie à suivre, et que la blonde sexy s’est teint les cheveux pour exciter son mec. Rassurez-vous, mis à part cela, sous prétexte de vouloir jouer avec les codes du genre, on aura droit à tous les clichés habituels. Le deuxième sportif se voit offrir sur un plateau la seconde fille, qui tentera de nous faire croire qu’elle est sexy, forte, perspicace…en vain. N’ayez crainte, vous verrez les seins de la blonde, vous la verrez même rouler une pelle à un loup empaillé et remuer ses jolies fesses dans un short en jean, qui vous laissera peut-être quelques souvenirs en tête.

J’oublie son haleine et je lui mange la langue

Le week-end commence avec l’inévitable arrêt à la station-service tenue par un redneck inquiétant, clin d’œil un peu trop appuyé à Massacre à la Tronçonneuse, vu et revu cent fois. Une fois dans la cabane, l’histoire va virer au slasher teinté de mystère, puisqu’on nous montre dès les premières minutes du film que d’autres personnes sont impliquées dans cet univers plus vaste qu’il n’y paraît au premier abord.

Cette visite de la cabane dans les bois s’apparente à celle d’une maison hantée dans une mauvaise fête foraine. On y entre avec l’espoir de frissonner, de sursauter, d’être surpris. Une fois à l’intérieur, on est rapidement déçu par ce qu’on découvre, on sourit une ou deux fois, on finit par soupirer, puis par avoir envie de sortir le plus rapidement possible pour rejoindre la prochaine attraction, plus prometteuse.

Le premier défaut découle de l’idée de jouer avec les codes du cinéma d’horreur. A force de subir les multiples références, le spectateur est très vite envahi par une sensation de déjà-vu assez déplaisante. Certes, le scénariste connaît bien les arcanes du genre et nous le prouve. Le problème, c’est qu’il le fait à grands coups de pelle sur notre pauvre crâne, pour qu’on n’ait pas de doute à ce sujet.

Quand je serai grande, je serai Melissa George.

Le concept peut fonctionner lorsqu’il s’agit de détourner pour parodier, comme dans le sympathique (mais sans plus) Shaun of the dead. A noter qu’ont peut également offrir des gags attendus et plats, comme dans Tucker & Dale vs Evil, dans un genre similaire.

Ici le mécanisme ne prend pas, quand il s’agit de reprendre ces éléments pour tenter d’offrir un second niveau de lecture et d’élaborer un plan plus vaste.

On ne peut nier que l’intention était louable, puisque la volonté était de s’élever au-dessus de la moyenne des scénarios habituels pour proposer un twist inattendu ou marquant. Le hic, c’est que le réalisateur, peu expérimenté en matière de mise en scène, se contente finalement de reprendre des plans et des situations éculés pendant les deux premiers tiers du film. On pourra toujours expliquer que ce procédé fait partie du plan pour amener tout doucement vers les révélations du dernier tiers. Il n’en reste pas moins que le concept trouve très rapidement ses limites pour un spectateur un peu rôdé.

Les autres personnages intervenant dans l’histoire sont tellement mal écrits, leur rôle dans l’histoire tellement abracadabrant qu’ils n’acquièrent jamais une vraie consistance ou crédibilité. Cet aspect du scénario ne parvient jamais à rehausser l’intérêt de l’entreprise.

On aurait pu pardonner ces défauts, pourtant presque rédhibitoires, si le dernier tiers avait été à la hauteur de l’ambition. Hélas, c’est tout l’inverse qui se produit. L’acte final est encore plus maladroit et vire même au grand-guignol avec une montée bien trop brutale dans le gore et qui ne trouve jamais une limite acceptable. Le tout manque cruellement de finesse dans le propos ou dans la mise en scène de la  découverte du pot-aux-roses (qui ne vous fera pas vous relever la nuit). De plus, les explications sont données presque progressivement, ce qui enlève beaucoup de force au twist à proprement parler. Les créateurs de ce film sont même allés jusqu’à nous infliger un guest dont on se serait bien passés, eu égard à son rôle, invraisemblable.

La cabane dans les bois avait sans doute fière allure sur le papier, mais une fois à l’écran, elle ressemble davantage à un mauvais épisode de Lost qu’à un bon film à twist.

Drew Goddard ne livre pas un film irregardable, mais ne fait preuve d’aucun talent particulier de mise en scène. On ne notera aucun plan original, aucun mouvement de caméra inédit, ni de travail particulier sur la photographie. Techniquement, les effets spéciaux sont par moments très mauvais, sans doute pour alimenter le propos du film. Le constat étant que le rendu à l’écran est assez laid à diverses reprises.

Enfin, un dernier point pour enfoncer le clou : la prestation des acteurs. Sans doute déconcertés par le scénario auquel ils avaient la lourde tâche de donner vie, aucun ne parvient à tirer son épingle du jeu.

Chris Hemsworth est fade et sans son marteau, ne trouve rien à quoi se raccrocher.

Seule Anna Hutchison, une fois oubliées ses premières répliques calamiteuses, réussit à faire passer quelques émotions.  A moins que cela ne soit dû à son comportement aguicheur ou à ses tenues légères…

Je suis chaude comme la braise dans ce feu

Fran Kranz aurait pu être l’acteur le plus mauvais de ce film. Il sur joue au maximum son rôle de fumeur d’herbe, en se dotant d’une voix impossible et en tenant d’être drôle parce qu’il plane. Il ne parviendra jamais à être crédible, ni vraiment drôle.

J’ai déjà joué à Resident Evil, je peux le faire

Mais c’était sans compter sur la nullissime Kristen Connolly, dont on ne saurait dire si son mauvais jeu est dû à son regard agaçant ou à ses tentatives grotesques pour donner à son visage une expression d’effroi ou de détermination.

Oh my God! Il faut que j’aie l’air étonné, non…effrayé…non… merde, j’ai rien compris au script!

Richard Jenkins aurait pu être la bonne surprise de ce film, si son personnage avait été bien écrit. Il est tellement improbable qu’on ne parvient jamais à croire en lui, ni à rire de ses vannes.

Alors certes, on m’expliquera que cette Cabane dans les bois est un film référencé et qui s’approprie tous les codes du genre, pour créer quelque chose d’original et de surprenant. Mais la vérité est ailleurs. Au fond des bois peut-être.

Le résultat est grotesque, exagéré et manque cruellement de finesse.

N’hésitez pas à me saigner à blanc dans les commentaires si vous n’êtes pas d’accord avec cette analyse et donnez votre note au film, pour remonter le 4 / 10 de départ.

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11 réflexions au sujet de « Critique de La Cabane dans les bois »

  1. Est il utile de préciser combien mon avis sur ce film est en tous points à l’opposé du tien ? :p

    Maintenant que tu l’as vu, je peux donc te dire comment j’ai perçu ce film… Pour moi, cette Cabane n’est pas qu’un film d’épouvante (qui au demeurant ne fait pas peur) mais plutôt un film sur les films d’horreur. Un film qui nous présente les codes du cinéma d’horreur et, surtout, ses personnages clichés comme nécessaires à notre survie.
    Ce n’est pas innocent si SW est créditée au générique sous le nom de « the director », selon moi, car director veut dire en anglais « réalisateur » !
    il faut donc voir ces gens qui œuvrent sous la cabane comme des techniciens sur un plateau de cinéma avec comme metteur en scène SW !

    Aussi c’est pourquoi tout le film nous présente des personnages qui finissent par muer en clichés de films d’horreur. Ils se transforment en ce qu’ils ne sont pas, dans le but de remplir leur fonction :
    devenir des clichés de films d’horreur = devenir des individus à sacrifier.
    Le personnage du fumeur de joint s’en rend compte lui même quand il balance qu’ils deviennent de nouvelles personnes. Il n’y a qu’à voir les piques que balance Hemsworth avant de sortir dehors avec sa copine, cela ne lui ressemble pas et surprend ses amis.

    C’est en cela que réside la force du film, selon moi. Il s’agit d’un méta film, on nous dit que ces
    personnages sont des clichés à des fins de survie de notre monde… en gros, comme si tout le cinéma d’horreur avait pour vocation de nous sauver… et que toutes ses histoires qu’il nous présente ne sont que des procédés préconçus en sous terrain déclenchables au gré du hasard (la scène de la cave qui a su éveiller chez moi, au moment où je l’ai vue, ma curiosité de cinéphile).

    Ainsi, la Cabane est pour moi l’électrochoc dont j’avais besoin dans le cinéma d’horreur. Ce film m’a réveillé, et il m’a montré quelque chose de neuf sur le genre, sans me prendre pour un con.
    Un film qui manipule des références en tous sens (la scène de la cave et toute la partie finale qui accumule un nombre important de clins d’œil) sans oublier de développer son idée jusqu’au bout.

    Bien, maintenant, tu as mon avis, je m’en vais donc reprendre ta chro point par point.

    1. Bien, mon sac, j’ai encore relu ta jolie chronique, car même si nous n’avons pas du tout le même avis sur ce film, je reconnais qu’elle est remarquablement bien écrite et tes arguments sont très accrocheurs.
      cependant, je ne peux pas m’empêcher de répondre à ceux ci, un par un. Comme tu ne voulais pas que je t’en parle jusqu’à présent, de peur d’être spoilé, j’en profite enfin maintenant. :p

      « sous prétexte de vouloir jouer avec les codes du genre, on aura droit à tous les clichés habituels » <<< oui, mais cela, pour moi, était nécessaire à l'histoire. Cela est totalement justifié par le concept même de ce film. Critiquer ce cliché revient donc à critiquer l'idée même qui soutient tout le métrage. Comme j'ai justement kiffé ce concept, je ne peux donc critiquer le fait qu'on nous offre des clichés…. :p

      "l’inévitable arrêt à la station-service tenue par un redneck inquiétant, clin d’œil un peu trop appuyé à Massacre à la Tronçonneuse, vu et revu cent fois."<<<<<<<<<<<<<< encore une fois, ce cliché se justifie.

      "A force de subir les multiples références, le spectateur est très vite envahi par une sensation de déjà-vu assez déplaisante."<<<<<<<<<<<<<pas pour moi, une fois que tu comprends le concept du film, ça passe au contraire très bien… Le coup des formules chimiques pour monter la libido, ou faire en sorte qu'un personnage ait (comme dans tous les films d'horreur) la mauvaise idée de proposer à tout le monde de se séparer… Tout cela participe à l'aspect méta de ce film et c'est ce qui m'a fait jubiler.

      "détourner pour parodier, comme dans le sympathique"<<<<<< sauf qu'ici ce n'est pas une parodie, en effet, mais un film sur le cinéma de genre. Un film qui use des règles et clichés et leur trouve une origine ancestrale.

      "se contente finalement de reprendre des plans et des situations éculés pendant les deux premiers tiers du film"<<<<<<<<<<<< je suis d'accord, Drew Goddard ne se montre pas grand metteur en scène, même si qq scènes ont éveillé ma curiosité (comme celle avec le loup empaillé, où celle avec la ptite zombie qui s'approche dans l'ombre de la maison).

      "L’acte final est encore plus maladroit et vire même au grand-guignol avec une montée bien trop brutale dans le gore et qui ne trouve jamais une limite acceptable"<<<<<<<<<<<<< Au contraire, j'ai trouvé cette partie finale totalement jubilatoire. Pourquoi ? Parce qu'une fois que j'avais compris le jeu, je n'avais qu'une envie, c'est de voir l'héroïne s'en sortir et faire en sorte de massacrer tous ceux qui manipulent les fils de marionnettes. Et ensuite parce que le bestiaire qui est alors exposé est issu de 80 ans de cinéma d'épouvante (et ça brasse large, on a du Hellraiser, The strangers, la créature du lagon, les Zombies de Romero…).

      "guest dont on se serait bien passés, eu égard à son rôle, invraisemblable."<<<<<<<<<< pas du tout, il s'agit du director, du metteur en scène, donc son rôle est le plus important du film, au final.

      "effets spéciaux sont par moments très mauvais" <<<<<<<<<<< d'accord, en effet, sur ce coup là, même si je ne dirai pas qu'ils sont très mauvais. Les sfx des productions Asylum sont très mauvais. Pas ceux là. Même si oui, on sent bien qu'ils n'ont pas mis beaucoup de budget là dedans (et je me doutais que cela te gênerait, d'ailleurs).

      "enfoncer le clou : la prestation des acteurs."<<<<<<<<<<< ben moi je les ai trouvés très bons dans le jeu du détournement de clichés.

      "Cabane dans les bois est un film référencé et qui s’approprie tous les codes du genre" <<<<<<<<<<<< Non. Il ne se contente pas que de balancer des références, il ne fait pas que s'approprier des codes du genre. ce film utilise des codes du genre comme 99 % de films du genre. Mais il les utilise dans un seul but : Leur trouver une origine.

      "Le résultat est grotesque, exagéré et manque cruellement de finesse." <<<<<<<<<<<<<< Nous n'avons pas du tout le même avis, au final, et je trouve ce film à l'opposé de ce que tu dis là. 🙂

      1. Merci pour ces commentaires, tu devrais écrire un article tiens sur ton site tiens, ça ferait la contre théorie parfaite pour cet article.
        Je comprends bien ton point de vue, d’ailleurs attendais les arguments que tu donnes ici, comme je le précise dans ma critique.
        Pour moi, l’ensemble est bien trop grossier et je ne suis jamais parvenu à croire à cette histoire invraisemblable.
        J’ai bien compris que ce n’était pas une parodie, j’ai juste fait la comparaison pour montrer qu’on pouvait peut-être reprendre les codes d’un genre plus efficacement dans cet exercice que dans celui du méta film.
        Quant au rôle du guest et au final, j’ai bien compris leur sens, mais je n’ai pas réussi à croire à cette histoire, qui m’a déplu, que j’ai trouvé facile, vulgaire, à la limite du ridicule…

      2. Concernant les codes, j’ai bien compris comment ils étaient repris dans ce film, mais j’ai trouvé ce procédé grossier et j’essaie de décrire ici le résultat sur mes sensations de spectateur. C’est une technique que je trouve trop facile. En plus de cela, il n’y a pas de vrai twist, on nous explique tout au fur et à mesure, du coup rien ne marque.

    2. J’ai eu sur ce coup le meme ressenti que evilash. Les codes que tu detailles sont les points forts qui rendent unique ce film. Apres les persos sont clichés mais les acteurs je les ai trouvé plutot bons car ils ont su gerer leur propre evolution de la normalité vers un cliché classique. Mais bon wild , mes 2 potes ont ete decus du film aussi donc on va dire que la cabane dans les bois divise vraiment bien en 2 les avis…

      1. sur les forums, les avis sont totalement divergents, en effet. J’ai pu constater cela, rien que sur le forum de Mad, par exemple.
        Sinon, Fred, oui, tu as raison, il n’y a pas vraiment de twist, en effet, mais ce film est construit autour d’un concept… et on aime (comme moi, Hakim…) ou pas (comme toi et d’autres…) ce concept. 🙂

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