Critique de 21 Jump Street

Note: 5/10

21 Jump Street rejoint la grande famille des adaptations de séries TV au cinéma. Visiblement pas effrayée par les navets et échecs au box-office successifs en la matière, la Columbia a décidé de ressortir des cartons la série des années 80 qui avait révélé un certain Johnny Depp. La recette ne fonctionnant guère en salles, les studios ont opté pour une adaptation libre, en misant sur la comédie et sur le duo de scénaristes (Extrem Movie) et réalisateurs (Tempête de boules géantes) Phil Lord et Chris Miller. Au casting, on retrouve Channing Tatum (Sexy Dance 2, GI Joe, The Vow), Jonah Hill (Le stratège, Superbad, 40 ans toujours puceau, Click), Brie Larson (Scott Pilgrim) et Ice Cube (xxx²).

Ce film avait de quoi effrayer à l’annonce du projet. Difficile en effet d’imaginer l’intérêt de reprendre un concept très marqué 80’s, surtout quand le concept de base est de mettre en scène de jeunes policiers infiltrant des lycées.

Vous ne pourrez rien faire avec notre série en 2012, regardez-nous…

Le choix du casting était lui aussi très inquiétant, au vu de la carrière et des performances des intéressés. Quant au choix des réalisateurs, c’était à peu de choses près un grand point d’interrogation. A noter que les scénaristes tentent de balayer d’un revers de la main ces inquiétudes dès le début du film, à l’aide d’une ligne de dialogues prononcée par Ice-Cube, qui explique aux deux héros que l’administration ressort des placards un vieux concept sans imagination des 80’s pour infiltrer des lycées. Subtile métaphore pour évoquer le phénomène des remakes et adaptations de séries TV au cinéma…

Bonne mise en jambes, puisque la subtilité ne sera pas le point fort de ce film.

Le scénario, écrit par Jonah Hill lui-même et Michael Bacall (Inglorious Basterds, Death Proof) est sans doute le premier défaut du film. Sous couvert de créer une comédie, l’histoire se contente d’une base très pauvre, à laquelle on ne s’intéressera pas plus de trois secondes au début du film.

Schmidt et Jenko (Hill et Tatum) sont deux policiers médiocres et à l’âme d’adolescent. Leur hiérarchie ne sachant trop que faire d’eux, ils sont envoyés à Jump Street, programme d’infiltration de lycées, pour démanteler un trafic de drogue ayant causé la mort d’un adolescent. Le trafic de drogue sera le fil conducteur de l’histoire, mais aussi simple prétexte pour placer les héros au milieu des lycéens version 2012, pour créer un choc des cultures. Le film étant constitué d’un enchaînement de gags et de situations plus ou moins cocasses, l’ambition scénaristique s’arrête là et on oubliera l’aspect policier de la comédie. On aura rapidement constaté l’inexpérience des uns et des autres dans l’écriture d’une comédie, au fur et à mesure de la progression du film.

Côté réalisation, Phil Lord et Chris Miller se contentent de mettre en scène les gags, sans grande imagination. On peut souvent jauger le ton et la qualité d’une comédie aux premiers gags. Ici, le constat sera sans appel, tant les premières images et gags sont médiocres. Tant le pré générique au cours duquel on découvre nos héros adolescents, que le gag de l’arrestation ratée une fois les deux compères devenus amis et policiers ne sont pas drôles. Les réalisateurs usent et absent du procédé consistant à couper une action rythmée par un plan sur des mouvements lents de Tatum et Hill. Au bout de la troisième utilisation du procédé, on comprend toutes les limites du talent des réalisateurs. Rien ne viendra égayer la mise en scène de cette comédie au cours du film. Aucune originalité ni beauté particulières ne seront à signaler en cours de route et le style de ce film restera très basique.

On regrettera même l’utilisation quelque peu abusive de ralentis maladroits et quelques choix de mauvais goûts, comme les incrustations nanardesques durant la scène où les deux héros sont sous l’effet de drogue.

Coupez-moi au montage, s’il vous-plaît!

La réalisation de cette comédie, certes balourde et assez faiblarde n’aurait pas été un gros handicap si le film avait été drôle. Seulement voilà, aucun des gags ne fonctionne vraiment dans ce 21 Jump Street.

Le personnage joué par Jonah Hill est traité de la façon la plus sommaire possible. On dénombrera plusieurs gags consistant à montrer que son poids l’empêche de réaliser des exploits athlétiques. En fin de compte, la quasi-totalité des gags le concernant se résume à une déclinaison mécanique de ce principe (cascade sur une voiture, terrain de sport, saut au-dessus d’un canapé etc..). Quand il ne s’agit pas de nous expliquer que c’est un looser au grand cœur.

J’ai pas d’idée de gag, vas-y, tords moi le téton, ça fera peut-être rire quelqu’un…

Quant à Channing Tatum, on aura droit à la répétition systématique de gags tournant autour de son physique avantageux et de sa relation avec les femmes. Il sera aussi l’atout muscles du film, permettant de proposer quelques scènes d’action assez sympathiques.

I believe i can fly…

21 Jump Street est une comédie qui ne fait pas rire. Au mieux, on esquisse deux ou trois sourires, mais en y repensant après le visionnage, les séquences les plus « drôles » sont celles apparaissant post-génériques. Ce film s’apparenterait presque aux comédies réalisées ou produites par Judd Apatow, c’est-à-dire des films aux histoires sans âme (exception faite de SuperBad) qui ne parviennent que rarement à provoquer le rire. A la différence près qu’ici, on ne s’ennuie pas. Autre point positif : la bonne utilisation des changements de mentalité de la jeunesse, auxquels se retrouvent confrontés des héros incrédules. Ces scènes sont les plus agréables du film, sans pour autant provoquer plus qu’un sourire.

21 Jump Street présente l’avantage d’être rythmé et de montrer des acteurs, qui sans être bons, sont énergiques. C’est sans doute l’un des rares éléments qui parvient à sauver le film du naufrage. L’ensemble reste même curieusement digeste et passable. On ne passe ni un bon, ni vraiment un mauvais moment.

En ce qui concerne le casting, Channing Tatum démontre une fois de plus qu’il n’est pas un (bon) acteur. Doté d’un physique avantageux, il est pourtant dépourvu de charisme. Plus gênant, aucune émotion ne transparaît sur son visage, fermé la plupart du temps.

Personne d’autre que moi ne sait faire ça avec sa langue. Donnez-moi un Oscar!

Jonah Hill se contente de quelques mimiques et grimaces, parfois grotesques ou sans finesse (le plan sur son sourire pour montrer les bagues sur ses dents au début du film est symptomatique). Il est pourtant capable de bonnes choses, quand on se souvient de sa prestation dans Le stratège.

Quant à Ice Cube, il est clairement mauvais, dans une tentative ratée de copie du registre du regretté Bernie Mac.

Mais on dirait que t’as 30 ans! Quel idée de merde!

En résumé, 21 Jump Street est une comédie facile, proposant des gags répétitifs, sans imagination et sans saveur. Le tout se résume à un humour assez lourd et maladroit, sans pouvoir être qualifié de potache. Ce film représente assez bien le problème de plusieurs comédies américaines récentes, peu inspirées et servies par un casting sur estimé. Vous ne vous ennuierez pas forcément, mais vous ne rirez pas. Au mieux, vous esquisserez quelques sourires devant ce film fade et dépourvu d’imagination. Un certain capital sympathie parvient tout de même à émerger de l’ensemble.

N’oubliez pas de voter pour le film.

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6 réflexions au sujet de « Critique de 21 Jump Street »

  1. Excellente critique détaillée et argumentée! Je suis juste surpris par ta note que je trouve clémente par rapport à ton analyse. Mais je me ferais mon propre avis;)

    1. Effectivement, j’ai longuement hésité entre 4 et 5, il mériterait sans doute plus 4 que 5 mais je n’étais pas énervé non plus après l’avoir vu donc..j’ai été gentil.

  2. Donc tu es visiblement resté sur ta position apres ton second visionnage. Ta critique a ete efficace pour freiner mon élan surtout que d’autres films sont à voir :p.

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