Critique de M Le Maudit

Note : 9/10

M Le Maudit est le genre de film qui marque. Le genre de films qui fait réfléchir. Sur la société, sur l’homme et sur le cinéma contemporain.

Sorti en 1931, premier film parlant de Fritz Lang, M Le Maudit, originalement intitulé les assassins sont parmi nous, s’inscrit dans un contexte historique très particulier, en Allemagne à l’aube de la montée du nazisme. Il reprend pourtant un thème qui pourrait être d’actualité aujourd’hui, à savoir la réaction populaire face aux agissements d’un serial killer dans une ville. On découvre ici les méthodes de la police, mais aussi des organisations criminelles, qui voient leurs plans contrecarrés par les rafles mises en place par les forces de l’ordre et qui décident de se lancer dans une chasse à l’homme. Quand on pense qu’en France, ce n’est que 50 ans plus tard qu’il sera décidé d’abolir la peine de mort, on mesure l’ampleur et la portée du propos de Lang.

Tiens, je mangerais bien un bonbon.

A travers ce film, on devine aussi une réflexion sur la manière de traiter les criminels, ceux qu’on juge si monstrueux qu’on ne sait trop quel sort leur réserver, à part le plus extrême. Le film prendra un tournant inattendu dans son final, qui laissera le spectateur à la fois surpris et sous le choc des différentes réactions des protagonistes. La fin ouverte, bien loin de laisser un arrière-goût amer, rendra le film plus fort, en invitant à une réflexion humaniste. Faut-il voir un serial killer et sans doute violeur pédophile comme un monstre abject tout juste bon à exécuter ou y a-t-il une autre forme de traitement ?

Ce fruit est orange.

Le film est à la fois un polar sombre et glauque, mais aussi un thriller efficace et surprenant. Tout commence comme un film classique, comme une enquête policière promise à un déroulement et un dénouement sans surprise particulière. Une fois le spectateur happé par l’ambiance et les jalons de l’histoire posés, le film va peu à peu dériver vers autre chose. Pour se muer en une chasse à l’homme oppressante, violente et stressante. A partir de la moitié du film, on comprend qu’on ne se trouve pas dans un long-métrage traditionnel. On ne fera alors qu’aller de surprises en surprises, pour un rendu très efficace. Tout ce qu’on voit à l’écran nous saisit, nous prend à la gorge, pour nous amener à finalement  nous interroger, peut-être sur nous-mêmes…

En termes de cinéma, ce film est un monument. Lang parvient à mettre en place un traitement des personnages assez impressionnant, en ne se contentant pas de creuser la psychologie d’un héros ou d’un camp. On découvre à la fois les rouages de l’administration de l’époque, les contraintes et les réunions des forces de l’ordre, les rafles. Mais on suit également les réactions de la population et surtout d’une organisation criminelle, qui décide de prendre les choses en mains pour débarrasser la ville du serial killer, et éloigner la police de leur terrain.

C’est avec une virtuosité indéniable que Lang met tout ce beau monde en scène, dirige ses acteurs, multiplie les plans originaux (vue du dessus, plans inclinés, plan sur les jambes du commissaire sous son bureau, jeu d’ombres etc…).

Mais c’est aussi dans la direction des acteurs que la réalisation est impressionnante. Les personnages crient, hurlent, ont des voix stridentes et des regards qui en disent long. Si le tueur en fait parfois un peu trop, son regard inquiétant restera dans les mémoires, tout comme son attitude, inimitable.

Mais qui est le con qui a sali ma veste?

Quant au traitement du son, c’est là aussi du grand art. Quand on sait que c’est le premier film parlant de Fritz Lang, il y a de quoi rester sans voix. Les bruits de la ville sont omniprésents et rendent l’immersion totale. Le silence, à d’autres moments, est pesant et fige le spectateur. Le plus marquant étant le sifflement du tueur, sur un air qui restera forcément dans les esprits.

Du génie.

M Le Maudit est un film de 1931, répétons-le. Et pourtant, il semble avoir montré la voie à nombre de cinéastes contemporains. Lang semble avoir inspiré des cinéastes reconnus tels que Michael Mann en termes de gestion des personnages (étude égale des deux camps) ou que David Fincher (on pense parfois à Se7en avec l’atmosphère urbaine, le comportement des forces de l’ordre).

Pierre angulaire du cinéma, M Le Maudit est un modèle, un film qu’il faut avoir vu.

Vous l’avez sans doute vu, il ne vous reste plus qu’à le noter.

Publicités

6 réflexions au sujet de « Critique de M Le Maudit »

  1. Je l’avais vu il y’a 1 an (honte à moi) et effectivement c’est un classique et un pilier du cinéma.
    Excellent article et heureux que tu ai ou le voir!
    Le film est trouvable sur Internet mais une belle édition DVD existe, par contre je ne sais pas si il a été sorti en BlueRay…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s