Michael Mann: focus

Michael Mann est un réalisateur hors pair, capable de vous hanter avec les histoires qu’il met en scène, ses personnages, ses répliques, sa photo et son style visuel particuliers.

La meilleure manière de détailler les différentes facettes du talent de l’artiste reste encore un rapide retour sur chacun de ses films.

Cet article sera un peu long, mais rien n’empêche de le lire en plusieurs fois. Ou mieux encore, de regarder chaque film entre la lecture de chacun des paragraphes.

Thief ( le solitaire en VF) , 1981

Je peux garder les mains dans les poches?

Le premier film de Michael Mann est un polar, mettant un scène un gangster, Franck, joué par James Caan. Il campe un ex-prisonnier qui a purgé une peine de onze ans, un voleur de bijoux, vendeur de voitures d’occasion pour sa couverture. Tout va bien pour lui jusqu’au jour où il rencontre un parrain qui lui propose de travailler pour lui. Mais Franck est son propre patron et ne veut que du cash, qu’il envisage de gagner après un gros coup.

Ce Thief  est un polar au rendu hyper efficace. Pour son premier film diffusé en salles (il avait réalisé avant cela deux téléfilms), Mann frappe un grand coup. L’histoire est centrée sur un personnage atypique, auquel on s’identifie malgré ses défauts, sa rudesse et son mode de vie.

Le scénario, écrit par Mann lui-même, est assez simple mais taille la part belle au personnage principal. Tous les autres personnages ne sont que secondaires, ne sont que des interférences dans la vie de Franck, qui poursuit le but de gagner assez d’argent pour se retirer avec sa famille. Il sait qu’il peut avoir à abandonner sa femme si les circonstances l’exigent. C’est donc elle qui doit s’adapter à sa vie et non l’inverse et il va d’ailleurs l’arracher à son existence.

Sa manière de gérer sa vie privée ressemble furieusement à celle de Neil MacCauley, le personnage campé par de Niro dans Heat.

On ne vit l’histoire qu’à travers Franck et même ceux qui vont devenir ses ennemis, comme les policiers (dépeints comme des ripoux) ne seront pas développés.

La réalisation est assez sobre, on découvre des plans de Los Angeles la nuit, avec une insistance sur les lumières de la ville, les vues en hauteur: du toît d’un immeuble lors des repérages ou de la préparation d’une opération, du toît d’un bâtiment lors d’une surveillance. Ce sont des plans que l’on retrouvera dans tous les polars contemporains de Mann (principalement Heat et Miami Vice).

L’action est crue, souvent emprunte de violence sèche, rapide, avec une priorité toujours donnée à l’efficacité.

Une particularité se dégage de ce film avec un aspect réaliste donné aux phases de cambriolage, durant lesquelles on assiste à toute la partie technique et manuelle de l’opération. Cette phase prend alors une part importante à l’écran et on voit les personnages réaliser des soudures, une brûlure de métal au chalumeau, un crochetage de serrures, de manière appuyée.

Ce film est très bon, rythmé, efficace, la musique très 80’s à base de synthétiseurs et de guitare électrique accompagne toujours très bien l’action et contribue à donner l’impression qu’il n’y a pas de temps mort et que tout ce qui défile à l’écran est important, captivant ou au moins intéressant.

La forteresse noire , 1983

Désolé, les CGI n’étaient pas encore de la partie.

Ce film (The Keep en version originale) constitue à n’en pas douter l’OVNI de la carrière de Mann. Il met en scène une lutte entre le bien et le mal, à travers le prisme des nazis et de la seconde guerre mondiale.

Le scénario est assez basique.

Jugez plutôt: des nazis se basent dans une forteresse en Roumanie, dans laquelle ils décèlent une présence, tandis que certains de leurs hommes disparaissent mystérieusement. Ce n’est rien d’autre que le diable qui est en réalité prisonnier de la forteresse et qui ne pourra en être libéré qu’en faisant sortir un talisman. Le diable  tentera alors d’utiliser Ian McKellen pour mener à bien cette tâche. Mais c’est sans compter sur un mystérieux personnage qui tentera de contrecarrer ses plans.

What the fuck?

La réalisation est assez basique, on sent que de nombreuses coupures au montage ont quelque peu dénaturé le film, qui paraît trop manichéen, trop binaire.

Les effets visuels sont très datés et kitsches.

Il manque un élan mystique au film pour le rendre plus passionnant, même si il est loin d’être dénué d’intérêt. Le mystère se désépaississant au fur et à mesure, le spectateur reste toujours intéressé.

Au final, c’est un film un peu bâtard et qui ne semble pas porter la marque Mann.

On le retiendra comme une anecdote dans le parcours de Mann.

Le 6e sens , 1986

T’as déjà vu un blu-ray?

Ce film (Manhunter en version originale) constitue la première adaptation au cinéma des romans de Thomas Harris mettant en scène le personnage d’Hannibal Lecter, dont le passage sera ici bref (il sera même appelé Lektor en version française). Mann nous livre un polar sombre autour du personnage joué par William Petersen, qui campe un policier traumatisé par une précédente enquête l’ayant opposé à Lecter. Sa méthode est de se glisser dans la peau des psychopathes pour parvenir à penser comme eux. Au final, il se met en danger physiquement et mentalement.

Ce film est un polar envoûtant où l’ambiance prend une part importante et où on retrouve la patte de Mann dans l’écriture du scénario. On discerne une grande importance donnée à la psychologie du héros mais aussi pour la première fois d’un autre personnage important: le méchant.  Mann pose aussi les bases de la personnalité d’Hannibal.

C’est dans ce film que les codes de Mann se dessinent de façon appuyée: on retrouve des plans de nuit, avec l’accent mis sur les lumières de la ville, les plans d’intérieur avec les maisons aux baies vitrées donnant sur la mer. Mais c’est ausi dans ce film qu’on voit pour la première fois un hélicoptère (davantage utilisé dans Heat) et des plans de vue d’avion (que l’on retrouvera dans Miami Vice).

Le style de réalisation se précise aussi avec un soin particulier apporté à la lumière, aux couleurs, aux détails pour accentuer le réalisme des situations (aspect que l’on avait déjà aperçu dans Le solitaire).

Même si on sent le film de commande, le style Mann est né et on devine que ce réalisateur a un talent évident pour mettre en scène les histoires policières. Pour son deuxième polar au cinéma, Mann voit juste et il n’y a finalement rien d’étonnant à ce qu’il réalise ce qui sera son chef d’oeuvre 10 ans plus tard environ dans le même genre.

Le dernier des mohicans, 1992

Ces mecs en string sont trop violents pour moi, je me casse.

Le meilleur film de Mann à cette date et un choc quand je l’ai vu pour la première fois, avec des scènes qui me sont longtemps restées en tête, comme celle de la cascade, ou de l’attaque finale des Mohicans sur les Hurons  sur la falaise.

L’histoire est celle de trois indiens au beau milieu de la guerre coloniale opposant Français et Anglais. Durant ce conflit, la tribu des Hurons menée par un incroyable Wes Studi,  s’en prend aux Anglais et devient l’allié des Français.

Daniel Day Lewis, qui tient le rôle principal d’un Mohican, cherche à survivre avec son frère et son père adoptif. Mais l’histoire se complique quand il tombe amoureux de Cora, la fille du chef Anglais, Munroe. L’histoire sera celle de leur fuite dans le dernier tiers du film, après l’affrontement entre les Anglais et les Français pour la prise d’un fort.

Autant le révéler d’entrée de jeu, la réalisation est magistrale: Mann enchaîne les moments lyriques, de bravoure et de romantisme avec les scènes de guerre ou d’action de façon parfaite.

Les décors sont magnifiques, un travail exemplaire a été effectué sur la couleur et la photo. La fluidité de l’action est exceptionnelle.

Le scénario, rédigé par Mann aidé de Christopher Crowe, pourtant complexe puisqu’il oppose plusieurs camps entre eux, est brillant. Preuve en est qu’il permet au spectateur de s’enflammer pour l’histoire dans l’histoire, à savoir celle de la relation entre Cora et le personnage tenu par Daniel Day Lewis, ainsi que leur fuite.

La musique, de  Randy Edelman et Trevor Jones, magnifique, joue un rôle important dans les envolées lyriques. Le thème principal, qui restera immanquablement dans votre tête plusieurs heures après, ouvre et ferme le film.

Les seuls reproches que l’on pourrait adresser à ce film concernent les combats à mains nues, qui sont très chorégraphiés et qui manquent peut-être un peu de vitesse. Mais rien de tout cela ne suffira à gâcher le plaisir ressenti devant ce film.

Au final, c’est un petit chef  d’oeuvre, qui rompt avec les thèmes habituels de Mann. Ici le héros sacrifie tout pour son amour, contrairement aux personnages de Le solitaire, Heat ou Miami Vice.

La direction d’acteurs est excellente, on devine que Mann détient un talent particulier pour cela. Tous sont très bons, même les rôles secondaires étant irréprochables. Mention particulière aux performances magnifiques de Daniel Day-Lewis et de Wes Studi.

Ce film permet à Michael Mann de dépasser le statut d’habile faiseur et le consacre comme grand réalisateur hollywoodien. Mais c’est en 1995 qu’il entrera définitivement dans la légende avec son film suivant.

Heat, 1995

Je cherche quelque chose à te dire mais rien ne vient, on dirait que tu sais déjà tout, enfoiré.  Tu fais quoi dans 4 ans?

Heat constitue à coup sûr le point d’orgue de la carrière de Mann, le meilleur film des années 90 et probablement un polar qui ne sera jamais égalé.

Servi par un cast hors du commun: Robert de Niro, Al Pacino, Val Kilmer, John Voight, Tom Sizemore, Ashley Judd au firmament de leur talent, ce film est un chef d’oeuvre, une réussite en tous points.

Le scénario suit une équipe de malfrats sur trois coups. Le dernier, celui avant lequel ils raccrocheront est le plus risqué. Il s’agit du braquage d’une banque.

Le scénario nous permet de suivre toute la préparation des opérations, des négociations avec les informateurs jusqu’à l’action, en passant par les préparatifs. C’est dans la mise en images de ces détails là, qu’on ne voit habituellement pas à l’écran, que Heat se distingue de n’importe quel autre film de braquage.

Mais la grande force du scénario réside dans le fait qu’on suit aussi de manière précise l’enquête menée par le commissaire joué par Pacino et qui se révèle être un chien fou obsédé par sa tâche.

Le scénario est parfait, l’action bien répartie, la tension montant progressivement entre les personnages. La psychologie des principaux protagonistes est très poussée, à tel point qu’on en arrive à très bien cerner tout ce beau petit monde. Jamais dans un film grand public le traitement des personnages n’avait été aussi réussi.

La réalisation est magistrale, Mann démontre qu’il est un faiseur minutieux, précis et qui ne laisse rien au hasard.

La scène de la fusillade en centre-ville et la poursuite qui s’ensuit a marqué les esprits de tous les cinéphiles. Pour autant, le reste du film en est à la hauteur et jamais on n’aura envie de ne regarder que cette scène. Mann réussit le tour de force de captiver le spectateur du début à la fin, malgré les trois heures de la pellicule. La tension s’installe progressivement et ne retombera qu’au final, en même temps que l’un des personnages.

Chaque plan paraît pensé dans les moindres détails, excepté le final bizarrement maladroit, un peu comme si Mann avait laissé un assistant le diriger.

On retrouve les nombreux codes de Mann, qui atteint la perfection dans la mise en images. On retrouve donc une maison dotée d’une baie vitrée donnant sur la mer. Mais aussi un héros gérant sa vie privée de manière détachée et méthodique, qui doit être capable de pouvoir tout abandonner en 30 secondes s’il voit un flic au coin de la rue. On découvre des plans en hélicoptère au-dessus de Los Angeles la nuit, avec des références directes aux lumières de la ville la nuit cette fois-ci. On sera mêem gratifiés de quelques conciliabules sur le toît d’un building comme dans Le solitaire. Mann réutilise d’ailleurs l’idée de la revente des biens volés à leur propriétaire qui toucheront de toute façons l’assurance, pratique déclinée par James Caan dans Le solitaire.

La direction d’acteurs est excellente, tout le cast est au sommet de son art en 1995 au moment du tournage de ce film. Tout ce beau petit monde paraît extrêmement bien dirigé tout le long. Quand le film se termine, après près de 3 heures de trip, on se sent différent et plusieurs scènes et dialogues nous hanteront pendant longtemps.

La marque des grands films.

Sans doute l’un des films les plus aboutis à ce jour.

Révélations, 1999

Je te dis que j’ai déjà desserré le frein à mains, tu me fatigues.

Film classé dans une catégorie inhabituelle pour Mann: le thriller politico-industrialo-social.

L’histoire raconte celle d’un ancien employé de firmes de tabac,(Russel Crowe) docteur et chargé des questions de santé, qui se fait licencier après un désaccord sur la dangerosité pour la santé publique d’une substance contenue dans les cigarettes.

Contacté par un producteur de télé (joué par Pacino) il subit alors des menaces quand il s’apprête à être interwievé pour révéler ce qu’il sait.

Ce film est très particulier, Mann propose une montée en puissance de la tension liée à la diffusion de l’interview et de ses conséquences.

Le scénario est intelligent et propose des ramifications multiples pour nous faire découvrir à quel point les grosses industries sont puissantes aux Etats-Unis, jusque dans les médias.

Malgré toutes les qualités du film, on ressent pourtant une certaine gêne, liée à un intérêt moindre pour une histoire qu’on pense déjà connaître avant qu’elle ne soit racontée. L’enjeu dramatique de l’histoire se perd donc un peu du fait du sujet, qui n’est pas forcément si porteur pour tout les spectateurs.

La réalisation, plus sobre et classique que d’habitude, ne peut pas être critiquée.

La direction d’acteurs est bonne, même si on sent Russel Crow et ses 20 kilos pris pour le film un peu mal à l’aise dans ce rôle compliqué. Pacino lui, est parfaitement à l’aise et constitue le personnage le plus intéressant de l’histoire au final, du point de vue des questions d’éthique qu’il incarne.

Un bon film, mais qu’on peut ne pas trouver intéressant du fait de son sujet et de sa longueur.

A ce jour, le film de Mann le moins intéressant.

Ali, 2001

Tu vas me faire 100 pompes avant la scène parce que t’es un peu gringalet là…

La vie du boxeur Cassius Clay, aka Muhammed Ali, interprété par un très bon Will Smith.

Ce sera finalement encore moins bon que Révélations, mais ici pour des raisons totalement différentes. C’est la qualité du film en lui-même qui pose problème, plus que le sujet, comme pour le précédent. En effet, le scénario est mal écrit, on survole certains points essentiels: quand Ali rencontre une femme, la scène suivante il l’épouse (ce sera le cas pour chaque femme). Quand il décide de se convertir à l’islam et de changer de nom, contre l’avis de ses proches, on n’approfondira jamais le sujet et on ne saura jamais vraiment pourquoi il le fait, à part en raison de son amitié avec Malcom X. Même constat pour son refus d’incorporer l’armée pour rejoindre le Vietnam, on n’évoque pas les raisons profondes qui l’amènent à risquer la prison et sa carrière. Toute la construction est décevante, ce qui vient gâcher le film. A moins que les problèmes ne viennent du montage.

Mann parvient à offrir de beaux moments de cinéma seulement lors des combats sur le ring. Lors de ces passages, la réalisation est alors alerte, rythmée. La caméra semble bouger avec et autour des boxeurs et devient aussi dynamique que le jeu de jambes d’Ali.

La prestation de Smith est remarquable. Outre sa transformation physique (prise de poids et augmentation visible de sa masse musculaire) il est très bon. Cette composition est cependant desservie par le manque de profondeur du scénario, qui rend son personnage un peu vide.

Au final, un film moyen, qui vaut surtout pour les scènes sur le ring et qui ne fait que survoler des aspects pourtant a priori passionnants de la vie d’Ali.

Collatéral, 2004

Tu fais comme ça. Mais comme toi, tu n’as pas le casque, tu vas te ruiner les tympans.

Retour au polar et à l’action pour le genre que Mann maîtrise probablement le mieux, avec ce film mettant en scène Tom Cruise en tueur à gages qui doit éliminer cinq personnes en une nuit à Los Angeles.

(La nuit, Los Angeles, surprenant…)

Pour cela, il impose à Jamie Foxx, chauffeur de taxi très professionnel et connaissant la ville et ses raccourcis comme sa poche, de l’aider dans son équipée sanglante en le conduisant à chaque destination. La collaboration sera mouvementée dès le départ  puisque le premier cadavre retombera sur le capot de la voiture de Max (Foxx).

Ils seront poursuivis par Mark Ruffalo et Peter Berg notamment,  dans le rôle des policiers.

Le film est bon, malgré un classicisme marqué et un scénario, certes efficace, mais trop basique. La réalisation est soignée, élégante. On retrouve la patte de Mann avec les éternels plans sur les lumières de la ville la nuit, les baies vitrées donnant sur Los Angeles, les plans en hauteur sur la ville, les plans d’hélicoptère entre les buildings.

L’action est bien mise en scène, agrémentée d’une musique qui ajoute à l’ambiance, avec une mention spéciale pour la scène de la fusillade dans le club.

Malgré ces qualités évidentes, le tout semble un peu paresseux. En-dehors de la belle photo, des plans très justes, Mann ne semble pas avoir la volonté de livrer un film exceptionnel. Comme si un bon film lui suffisait.

Les acteurs sont parfaits, extrêmement bien dirigés (encore une fois).

Tom Cruise a un look classique, avec ses cheveux gris coupés courts, sa petite barbe de trois jours, son costume gris et sa chemise blanche. Il ressemble d’ailleurs un peu au de Niro de Heat.

Cruise est froid, implacable et on croit immédiatement à son personnage.

Jamie Foxx en side kick malgré lui, un peu effrayé et peu courageux se métamorphose tout au long du film. Il est parfait pour sa seconde collaboration avec Mann après Ali et avant son rôle important dans Miami Vice.

Au final, ce film est bon, presque très bon, mais trop classique et convenu, malgré certaines surprises.

Mais l’ensemble n’est pas à la hauteur du réalisateur, capable de beaucoup mieux. Ce sera le cas deux ans plus tard avec son film suivant.

Miami Vice, 2006

On ne va pas se reposer tous les quarts d’heure les mecs. Allez, encore 5 minutes de pause.

Michael Mann avait produit entre 1984 et 1986 la série Miami Vice et à la lecture du scénario avait voulu en faire un film. Trop tard puisque la télé avait acheté les droits pour la série. C’est donc 20 ans plus tard que Mann nous proposera un polar esthétique avec Colin Farrell et Jamie Foxx, enfin en haut de l’affiche chez Mann pour leur troisème collaboration.

Tubbs et Crockett infiltrent un réseau de vendeurs de drogue international et Crockett tombe amoureux de la maîtresse du caïd.

Mann nous livre ici un nouveau polar, dans lequel l’action est sporadique mais d’une efficacité redoutable. Ce sera notamment le cas de deux scènes impressionnantes notamment, dont la fusillade finale.

Miami Vice est basé sur un scénario simple mais efficace. Le concept de l’infiltration permet de fusionner deux univers et de développer les personnages des deux camps de façon plus rapide que dans Heat, où la durée supérieure du film permettait un traitement à part des deux catégories de protagonistes.

Le duo d’acteurs est remarquable: entraînés et formés par les vraies forces de police, Farrell et Foxx sont impeccables, froids et déterminés. Farrell semble avoir pris une dizaine de kilos de muscles et use d’une voix plus rocailleuse qu’à l’accoutumée.

La complémentarité des deux personnages est exemplaire: tout passe dans le regard, quelques mots suffisent pour une conversation, qu’ils ne sont même pas obligés de conclure, sachant que l’autre sera d’accord. Une nouvelle fois, Mann excelle dans l’art de diriger et fait resortir le meilleur d’acteurs dont le potentiel, énorme, n’est pas toujours exploité ailleurs.

Visuellement le film est impeccable, chaque plan semble maîtrisé à la perfection et pensé dans le moindre détail. L’utilisation de la DV propose des séquences très réalistes et embarque directement le spectateur dans l’action. On retrouve de nombreux plans de nuit, d’hélicoptère survolant la ville la nuit. Chaque véhicule est magnifique, de la Ferrari au hors-bord en passant par l’avion. Mann nous régale de nombreux plans aériens étourdissants.  Il nous offre de nombreuses prises de vue aériennes en Amérique latine bluffantes.

Mann réussit parfaitement son Miami Vice, bien meilleur que ce qu’on pouvait en attendre. Certains seront rebutés par la froideur des personnages, d’autres par l’histoire d’amour compliquée entre Isabella et Sony.

En réalité, tout est réussi.

Public enemies, 2008

C’est qui ce con avec le chapeau dans le champ?

Michael Mann adapte un roman relatant l’histoire de John Dillinger, gangster de haut vol et braqueur de banques, joué par Johnny Depp. Après ses évasions de prison, John Edgar Hoover en fait sa priorité et nomme Melvis Purvis, joué par Christian Bale pour se lancer à ses trousses.

On découve ici un polar, un film de gangsters, que Mann avait probablement pensé dans la lignée de Heat ou de Miami Vice. A la différence près qu’il nous propose un changement d’époque, puisque l’action se situe dans les années 30.

Le scénario est assez simple, puisqu’il s’agit d’une chasse à l’homme. Malheureusement, on ne retrouvera rien de bien original, ni de magistral dans la reconstitution. Les armes à feu paraissent un peu trop lourdes pour être d’époque et les acteurs se contentent de porter le costume d’époque pour signifier leur appartenance à ce temps.

Le film, intéressant, n’est pas palpitant, en dehors de deux séquences.

La réalisation est très élégante. Tourné en DV le film est plaisant et esthétisant, comme toujours avec Mann.

A ceci près que cette fois-ci; on s’ennuie un peu au coeur du film, l’enjeu crée par la chasse à l’homme se révélant insuffisant. Mann ne parvient pas à nous faire vibrer pour les personnages.

Deux scènes sauvent toutefois le film de l’ennui total: une belle fusillade dans les bois et le final.

Avec Mann, quoi qu’il arrive (excepté sur la forteresse noire), une ou deux scènes magistrales et rythmées viendront égayer ou donner de l’ampleur à la pellicule.

Le problème avec ce Public Enemies, c’est que ces deux scènes constituent le seul intérêt du film.

Johnny Depp et Christian Bale sont passables, ils ne paraissent pas réellement investis dans leurs rôles et n’ont pas la hargne.

On sent que Mann a utilisé l’histoire pour essayer de recréer la dualité et la chasse entre Pacino et de Niro dans Heat, mais c’est ici qu’on peut percevoir la différence entre de très bons acteurs et des monstres.

Au final, un film plaisant et parfois réussi, mais moyen pour du Michael Mann.

Votez pour votre film préféré de Michael Mann.

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7 réflexions au sujet de « Michael Mann: focus »

  1. Désaccord complet sur THE INSIDER et ALI que tu trouves « classiques » ou encore « sobres » dans leurs mises en scènes, alors que pour moi ils sont parfaitement intégrés dans l’œuvre du type qui a signé HEAT et PUBLIC ENEMIES.

    THE INSIDER est un film que tu juges « inaccessible » ou « peu intéressant » à cause de son script. Mais c’est aussi le montage et la réalisation qui font de ce chef d’œuvre une sorte de film incompris ou mal-aimé (dans ma tête en tout cas). Mann ose tout, que ce soit dans la narration assez éclatée, la dualité de ses héros qui se perdent dans leurs propres cocons (Pacino perd ses amis/Crowe perd sa famille), mais aussi dans la façon de juxtaposer les intrigues et de faire quelque peu disparaitre Pacino pendant que le film se concentre sur la vie de Crowe. Tu dis que Crowe est mal à l’aise? Bon, évidemment, chacun ses goûts, mais à mon avis tu n’étais pas suffisamment investi dans le film. Car oui, il est « inaccessible » car il parle de tabac, mais Mann met toute la puissance émotionnelle du film sur le personnage de Crowe. Il est parfois pathétique car incapable de prendre la bonne solution, il est magnifique car incapable d’abandonner sa mission, et c’est clairement le cœur émotionnel du film. C’est pour ça que j’utilise des guillemets quand j’emploie le mot « inaccessible ». C’est un film sur le tabac comme Heat est un film sur le braquage de banques. C’est le sujet du film, mais absolument pas la démarche de Mann. Il préfère nous intéresser aux personnages, se rapprocher au plus près d’eux (la réal n’est pas sobre, rien que la photo est totalement couillue pour ce genre de films) et quand on est à fond avec eux, l’intrigue explose.

    Pareil pour ALI que tu trouves classique. Du genre « C’est un biopic donc c’est classique dans son script ». Encore une fois, Mann livre une mise en scène éblouissante. Les quinze premières minutes du film font parti d’un montage. Même pas une exposition, des dialogues classiques, mais un putain de montage de pas mal de choses différentes. Tu dis que le scénario survole certaines choses que tu juges les plus intéressantes. Je comprend totalement, et moi-même c’est ça qui limite un peu le film. Mais il ne survole pas certaines choses, il choisit juste l’orientation du biopic. Il choisit de ne pas faire un biopic classique en 3 actes avec une rédemption à la fin, il choisit de mélanger totalement les gens et sort pendant 1 heure une analyse politique de ALI. Je suis en total désaccord quand tu rapproches le fait qu’il survole ses relations amoureuses (merci mon dieu, tu n’as pas vu RAY?) autant que ses implications politiques par rapport au Vietnam. Il survole les femmes pour justement nous décrire l’importance de la religion dans la vie de Ali, et comment tout cela dicte ses agissements et ses choix. Pas besoin de montrer 10 scènes autour du Vietnam et autres, tous les thèmes et les ramifications de son comportement sont étudiés dans les scènes « religieuses » et l’intrigue avec Malcolm X (que je n’adore pas particulièrement mais qui est très développée). C’est le symbole ALI qui intéresse Mann, la preuve pour le combat qu’il choisit à la fin et la façon dont Ali devient un mythe auprès de tout un peuple avec celui-ci (sa course dans le désert suivi des enfants par exemple). C’est le symbole plus que l’homme qui en ressort.

    Puis on retrouve le reproche de classicisme pour COLLATERAL, qui est un thriller totalement unique en son genre. Ce n’est pas parce que la conclusion est attendue que le film est classique. J’ai un problème avec ce mot quand tu dis ensuite qu’il utilise sa DV de façon unique. Je suis assez d’accord sur COLLATERAL dans le sens où le film rentre dans des chemins balisés sur la fin (je suis pas fan de la poursuite et l’affrontement) mais pendant 1h15 c’est un film totalement unique en son genre, à la fois huis-clos angoissant et polar unique.

    Disons que ce qui m’étonne est que tu labellises un peu tout ses films de morceaux classiques car pour toi la mise en scène est sobre ou le script prévisible, mais d’un point de vue extèrieur (du genre public lambda), ses films sont tout sauf classiques et requiert une attention et une dévotion particulière. Et surtout autour de sa mise en scène qui n’a absolument jamais été classique depuis ses premiers films (dommage pour ses délires DV qui mériteraient un peu de calme).

    Enfin voilà, chacun ses goûts, je suis un peu « déçu » que tu labellises ces films que j’adore comme ça car tu adores HEAT et devrait être le premier à aduler, mais sinon dossier très sympa. Mon seul regret est que tu ne parles pas des éditions DVD/BLURAYS et de son obsession autour du montage.

    (d’ailleurs, ALI n’a pas été charcuté au montage. La DC enlève des plans de la version ciné et rajoute quelques scènes, dont une seule politique, qui représentent un quart d’heure en plus).

    1. Merci Thib pour ce long commentaire. Effectivement, on n’a pas ressenti ces deux films de la même façon mais je pense qu’il s’agit d’émotions et de sensibilité pour le coup parce que je ne trouve pas ces films mauvais.
      Par contre, je crois bien qu’on a à peu de choses près le même avis au moins sur Heat et Miami Vice 😉

  2. Bonjour, à part Public Enemies que j’avais trouvé assez raté, je suis assez fan du cinéma de M. Mann avec Heat, le 6ème sens, Le dernier des Mohicans, Collateral qui sont mes films préférés de ce réalisateur. Bonne fin d’après-midi.

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