Mini-Critique de The Master

Paul Thomas Anderson est un auteur et un cinéaste atypique. La preuve en est avec son nouveau film, The Master, inclassable.

On retrouve au casting l’un des acteurs fétiches du réalisateur, en la personne du talentueux Philip Seymour Hoffman, le (trop) rare Joaquin Phoenix, méconnaissable et Amy Adams.

The Master est avant-tout une rencontre. Entre un « gourou » et son disciple. Entre deux personnages singuliers d’un film encore plus singulier. Et surtout entre deux acteurs.

Et si on allait faire les soldes?
Et si on allait faire les soldes?

Anderson ne prend pas la peine de faire croire au spectateur qu’il y aura un scénario construit sur la base de rebondissements, d’un cheminement particulier. Non, il base son film sur la rencontre entre deux hommes, sur la relation que l’un construit avec l’autre. Ou plutôt sur la déconstruction de l’un par l’autre.

La rencontre physique entre les deux est d’ailleurs le fruit d’une errance de Freddie (Phoenix), après une nuit alcoolisée. Les deux hommes se comprendront à demi-mot autour d’un breuvage (ou d’un poison) crée par Freddie.

Hoffman, en bon Master, décèlera toute la fragilité du vétéran de guerre inadapté à la société civile, alcoolique et affublé de troubles mentaux ou comportementaux flagrants.

La dimension psychologique de l’histoire prendra le pas sur tout le reste. Le parcours du Master, en campagne de promotion de son livre, son emprise sur son entourage, la communauté qu’il a créée, tout cela sera certes au cœur du film, mais le sujet ne sera pas la critique de ce système ou d’un autre (la scientologie).

Ce qui intéresse Anderson, ce sont les personnages, leurs relations, leur fragilité et leur désespoir.

Si le film fonctionne, c’est avant-tout grâce au talent immense de Joaquin Phoenix, métamorphosé avec ses quinze kilogs de moins. Avec ses faux airs de Michael Shannon, son rictus, son rire et son attitude aussi incertaine que sa démarche, Phoenix crée le choc. Il déstabilise, fait peur, intimide, inspire en même temps de la pitié. Une grande performance d’acteur, qui pourrait bien lui valoir une récompense aux oscars.

Mais Hoffman n’est pas en reste, charismatique comme jamais, jouant admirablement de son organe vocal, maîtrisé à la perfection dans plusieurs scènes au cours desquelles il élève la voix ou chante.

Le point fort du film est clairement là, du côté de ses acteurs et de ses personnages.

Il n’en reste pas moins que le film perd de sa force en raison d’un dernier tiers plus brouillon, au cours duquel les pistes s’embrouillent un peu trop. Le destin des personnages, leur relation, si elle tend à une certaine intemporalité, est un peu trop floue pour contenter le spectateur après deux heures et quart de voyage initiatique.

A noter que le format du film peut surprendre, en raison de la caméra 65 mm utilisée par Anderson, ce qui contribue à  donner au long-métrage un style visuel très particulier.

On retiendra des performances d’acteurs magistrales et un choix de réalisateur formel osé.

Publicités

5 réflexions au sujet de « Mini-Critique de The Master »

  1. J’ai prefere la performance d’Hoffman a celle de Phoenix, mais dans l’ensemble je suis d’accord. Dommage que le tout soit aussi brouillon, PTA est passe pas loin du film culte. On est bien en-dessous du niveau de « Magnolia » ou « There Will Be Blood ».

  2. Comme promis je te répond (avec du retard) pour te dire que je suis amplement d’accord avec ta critique, sauf que contrairement à toi j’ai plutôt apprécié la fin. La dernière demi-heure du film lui permet de gagner en rythme et permet surtout aux psychologies des personnages d’exploser à l’écran. C’est une fin qui est abrupte, oui, mais qui est bien, car elle permet au film de ne pas finir par un point de suspension.

  3. très intéressante approche de ce film qui en a dérouté plus d’un. Pour moi, le film est fascinant par la manière dont il déjoue nos attentes. Plus qu’une histoire centrée sur le fonctionnement d’une secte, il s’agit davantage de montrer la rencontre entre deux hommes qui sont mutuellement attirés l’un vers l’autre alors qu’il sont a priori totalement incompatibles. Si on ajoute le personnage d’Amy Adams qui, dans l’ombre, veille au grain, on aboutit à un véritable triangle mélodramatique dont les ellipses contribuent à alimenter le fantasme du spectateur.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s