Critique de Django Unchained

Note du film : 8/10

Mais où s’arrêteront Quentin Tarantino et son génie ?

C’est la question, légitime qu’on peut se poser après avoir vu Django Unchained, le premier western véritable du réalisateur de Pulp fiction et de Kill Bill.

Réunissant autour de lui deux de ses acteurs fétiches, Samuel L. Jackson et Christoph Waltz (le lieutenant Hans Landa dans Inglorious Basterd), Tarantino invite à la fête de nouvelles têtes : Leonardo di Caprio et Jamie Foxx, dont ce film constituera la renaissance.

Deux ans avant la guerre de sécession, le docteur Schultz, chasseur de primes allemand opérant en Amérique, libère l’esclave Django (le D est muet), seul homme capable de reconnaître ses proies.

S’ensuivra une longue équipée, au cours de laquelle les deux hommes développeront une relation privilégiée et qui les mènera à tenter de libérer la femme de Django, esclave elle aussi, séparée de son mari et vendue après une tentative de fuite.

Un film de Tarantino constitue toujours un évènement. Les espérances placées en lui sont toujours très fortes. Mais force est de constater que le réalisateur déçoit rarement…voire jamais. Si certains ont critiqué les dialogues « trop présents » dans son magnifique et inénarrable Inglorious Basterds, d’autres (comme l’auteur de ces quelques mots) ne voient en ses films que des chefs d’œuvre.

Et ce Django Unchained n’échappe pas à la règle.

Grand admirateur des films de Sergio Leone, Tarantino aura attendu son huitième film avant de se risquer à l’exercice du western.

Il y apporte toute sa créativité, toute sa verve, son énergie et son talent, pour livrer un long-métrage puissant, rythmé, intelligent, drôle et jouissif.

Tarantino fait preuve d’une intelligence de mise en scène telle qu’il peut même se laisser aller à quelques libertés qui auraient pu ternir le rendu du film, avec quelques ralentis et effets sonores un peu faciles.

Jouant avec les paysages sauvages, la lumière, les costumes et les décors, Tarantino réussit un film visuellement magnifique, de bout en bout.

Le réalisateur excelle une nouvelle fois dans la direction et le choix de ses acteurs.

On n’avait pas vu Jamie Foxx à pareil niveau depuis Ray (que ceux qui pensent que Foxx n’a jamais été un grand acteur revoient ce film). Son jeu est fin, intense, son charisme impressionnant. Sans doute aidé par un personnage très intéressant et très fort, Jamie Foxx est éblouissant.

Christoph Waltz, fort d’un personnage aussi décalé qu’original, apporte la culture européenne dans une Amérique violente et au bord de l’implosion.

Il est excellent dans son rôle, exception faite du premier quart d’heure, au cours duquel il semble répéter son rôle d’Hans Landa.

A force d'être boudé par les Oscars, je suis devenu marteau.
A force d’être boudé par les Oscars, je suis devenu marteau.

Leonardo di Caprio, dont l’apparition à l’écran se fait un peu attendre, s’approprie très bien un personnage ambigu et réussit quelques belles explosions.

Mais la vraie surprise du film est le personnage de Samuel L. Jackson, aussi inattendu que savoureux. L’acteur, presque méconnaissable, livre à coup sûr l’une des plus belles prestations de sa carrière.

Kerry Washington est quant à elle un peu en retrait, avec un rôle qui ne lui donne que quelques lignes de dialogue et finalement peu de présence à l’écran, quand bien même elle représente l’enjeu du film. A noter que l’actrice avait déjà croisé la route de Jamie Foxx dans Ray et celle d’un Samuel L. Jackson quelque peu effrayant dans Harcelés (Lakeview Terrace pour les intimes).

Fort de ce casting cinq étoiles et d’une galerie de personnages pensés à la perfection, Tarantino donne une densité importante à son film. Il dirige avec une grande intelligence Waltz et Foxx pour donner vie à un buddy-movie déconcertant.

Tu te souviens de l'endroit où on a garé la voiture?
Tu te souviens de l’endroit où on a garé la voiture?

Le scénario, une nouvelle fois simple et intelligent, fait la part belle à quelques lignes de dialogues savoureuses, ainsi qu’à quelques accès de violence, notamment dans la deuxième partie, terriblement jouissifs.

La patte du scénariste Tarantino est bien perceptible, les faux semblants et les jeux de dupes se succédant tout le long de l’histoire.

Le réalisateur semble nous emmener sur un chemin bien balisé, mais surprendra son monde avec un dernier tiers magistral.

Ce Django Unchained a une saveur et une originalité que ne laissaient pas vraiment supposer la bande-annonce, finalement peu révélatrice de ce qu’est véritablement le film.

L’action est mise en scène de façon originale et comme toujours, avec beaucoup de style.

Chez Tarantino, les morts, les tortures et les exécutions sommaires se suivent, mais ne se ressemblent pas.

Cette fois-ci, les fusillades et les tâches de sang sur les murs ont un arrière-goût de John Woo.

Les balles, surpuissantes, explosent les chairs et créent des gerbes de sang impressionnantes.

Après l’excursion dans l’univers des nazis, Tarantino s’inspire de l’Amérique esclavagiste pour créer des personnages aussi improbables que démentiels.

Un film de Tarantino est habituellement accompagné d’une bande-son de qualité, ce qui sera une nouvelle fois le cas ici, avec un savant mélange des genres.

Si ce film est sans doute moins politique que Lincoln, il crée tout de même un personnage très fort basé sur un esclave devenu libre qui se bat par amour. Spike Lee, qui a déclaré qu’il n’irait pas voir ce film irrespectueux de l’histoire de ses ancêtres, ferait peut-être bien de se souvenir que Tarantino a donné à Samuel L. Jackson des rôles magnifiques, que Pam Grier était Jackie Brown (tout un symbole) et qu’il vient d’offrir à Jamie Foxx un personnage iconique.

Un excellent film, à ne pas rater en salles.

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13 réflexions au sujet de « Critique de Django Unchained »

  1. Si ce film est sans doute moins politique que Lincoln????
    ce film est à ce jour le film avec en toile de fond sur l’esclavage, le plus percutant jamais réalisé !

    une critique féroce sur l’esclavage aux Etats Unis , cette auto-critique agressive américaine est foudroyante

    Merci Tarantino , très grand film ! à mon sens il marquera plus que Lincoln et son discours sur l’esclavage

    ps: la France devrait en prendre de la graine.

    1. Effectivement ce film a une résonnance politique mais le traitement est complètement différent de celui de Lincoln, pensé pour créer une reflexion alors que Django est à mon sens avant tout un divertissement.

      1. j’avais des appréhension sur sa façon de narrer l’esclavage ( notamment dû aux critiques qui dénonçait un divertissement sur l’esclavage) après visionnage, malgré quelques critiques je trouve qu’il trouve un juste milieu entre l’horreur de l’esclavage (sans esbroufe) et le divertissement.

        il y a un message politique très fort en faisant du western genre majeur du mythe américain, un cow boy noir affranchi qui tue des racistes. (même si pour les plus avertis Tarantino ne fait que reprendre une idée qui à été vu dans beaucoup de films moins connu)

  2. Très bonne critique, pour un excellent film ! Tout à fait d’accord avec toi, ce film est une pépite qui arrive à dénoncer l’esclavage tout en s’amusant avec. Il nous prouve que les esclavagistes sont des personnes psychologiquement instables et qui se croient être supérieur à tout un peuple, mais qui vont se retrouver confronté à Django. Celui qui va pouvoir mené une révolution et presque devenir l’ambassadeur d’un peuple, car il serait celui qui a eu un entraînement pour ne plus servir. Le tout est servis par un magnifique casting, avec une bande sonore qui est indescriptible tellement qu’elle est excellente. Un film à ne pas louper !

  3. Tu dis que QT est un « Grand admirateur des films de Sergio Leone ».
    Il est surtout un grand amateur de westerns spaghetti ! Donc, réduire ce cinéma bis là à un seul metteur en scène, ça ne me plait pas trop, sac ! ^^ Tu sais combien je suis un grand amateur du genre…
    Parmi ces fleurons non réalisés par Sergio Leone se trouve quand même un certain « Django » (avec Franco Nero)… western crépusculaire magnifique qui devançait l’autre chef d’œuvre absolu du genre dénommé Keoma (que je conseille vivement). Keoma, en outre réalisé par Enzo G Castellari…qui réalisa également le Inglorious Basterds original !
    comme quoi, le cinéma bis italien, y a que ça de vrai !!! ^^ Et c’est QT approved ! ^^ un vrai sac ce QT n’est ce pas ?

    1. ps : le western spaghetti a également utilisé le nom de Django dans de nombreux films parfois pour le meilleur… parfois pour le pire.

      1. PPS : J’ai oublié de dire que j’ai adoré voir le caméo de Franco Nero, justement. Quand il s’approche de Jamie Foxx, qu’il lui demande d’épeler son nom… et qu’après que Foxx lui ai dit « J’insiste sur le D », Nero lui réponde : »moi aussi », j’ai surkiffé 🙂

  4. Après un Inglourious Basterds en demi-molle j’ai bien apprécié celui-ci, bien réalisé, QT adapte son style au genre, ce qui donne vraiment, les dialogues au couteaux sont toujours la, le vrai plaisirs de c’est film, comme la BO qui gère, les acteurs sont tous bons, mais au final je ne retrouve pas le plaisir de ces premiers film …

    1. La personne idéale pour commenter cet article 😉
      Je comprends ton point de vue, mais pour ma part, j’aime chacun de ces films et les derniers (dont Inglorious, qui m’a plu bien au-delà de mes espérances) me procurent une jouissance cinématographique dont lui seul a le secret.

      1. J’apprécie aussi tout ces films, ces dire le culte que j’y voue, car mes premiers chocs filmique viennent de lui Kill Bill au cinéma, quel pied 😀 Mais j’avoue que j’aimerais voir autre chose, d’autre sujet, ceci c’est toujours plaisant de voir un Tarantino; bon ou moins bon il y a toujours un moment qui reste dans les tetes et sa c’est Grand !!!

  5. Un très bon film que nous a offert Tarantino, où il apparaît à la fin du film, ce qui est très sympathique. L’histoire est très bien écrite et très prenante. Il m’a plu plus que ce que j’aurais pensé. Un grand film sur fond d’esclavagisme, Tarantino sait y faire et on est émerveillé par ce film qui est juste sublime.

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