Critique de Spring Breakers

Ne cherchez plus le nanar de l’année, il est tout trouvé: Spring Breakers d’Harmony Korine est un objet cinématographique consternant et nul.

Note du film: 1,5/10

Si sur le papier le projet pouvait interroger avec une présentation axée sur le sex-appeal de ses jeunes comédiennes et un postulat de départ qu’on espérait déjanté et osé, après quelques minutes de projection seulement, on comprend que le moindre espoir de voir quelque chose de positif à l’écran est vain.

Le début du film interroge sur le genre dans lequel il souhaite s’inscrire, puisqu’on a l’impression d’être en présence d’une oeuvre indépendante et originale pendant un petit quart d’heure. On découvre les quatre personnages féminins, un peu perdues et légèrement délurées, préparer une excursion au spring break pour faire la fête.

Seulement voilà, les pauvres chéries n’ont pas d’argent. Alors qu’on avait l’impression d’avoir affaire à quatre filles un peu puériles et légères, elles décident brusquement de voler une voiture…et de braquer un dinner pour s’offrir leur voyage!

Le changement de ton est si brusque qu’on a peine à croire que ce qu’on voit alors à l’écran est réel. Suivra une scène catastrophique au cours de laquelle le réalisateur tente de nous faire croire que quatre jeunes filles en shorts et munies de pistolets à eau braquent un restaurant.

La mise en scène est si mauvaise, le déplacement de la caméra (du point de vue de la conductrice de la voiture qui longe le dinner) si maladroit, le placement et les gestes des actrices si mal pensés qu’on ne croit absolument à ce qui défile à l’écran.

C’est à ce moment que le film tourne à la catastrophe et enchaîne les mauvaises idées.

On aura alors droit à une multiplication de plans sur les formes de jeunes gens s’agitant à l’écran lors de soirées alcoolisées. Les effets sont répétitifs, manquent cruellement de finesse et d’originalité pour se démarquer d’un clip ou d’une émission comme Girls Gone Wild.

Le paroxysme de l’horreur sera atteint avec l’apparition d’un James Franco pathétique, qui tente de jouer un rappeur trafiquant de drogue. Plus cliché, tu meurs.

L’acteur sera en roue libre de son premier à son dernier plan, outrancier, grimaçant, alignant poncif sur poncif. Il livrera là la pire performance de sa carrière, qui devrait largement lui valoir une victoire aux Razzie Awards. Difficile même de croire que c’est bien James Franco qui se ridiculise à ce point devant la caméra. Difficile en effet de reconnaître l’acteur génial de 127 heures.

Fatal Franco MachineGun, t'as vu, on représente
Fatal Franco MachineGun, t’as vu, on représente

Le style du film se détériorera de minute en minute, handicapé par des dialogues inconsistants et décousus, de plus en plus décalés par rapport à l’image. Le réalisateur abusera ensuite de plus en plus avec la répétition de dialogues sensés créer un choc, et pourtant ridicules.

Les scènes de dialogue entre Ashley Benson, Vanessa Hudgens et James Franco battent tous les records de stupidité, même si c’est Franco qui détient la palme du phrasé et des monologues les plus ridicules.

Ces échanges insensés donnent même l’impression d’être dans une mauvaise parodie des gangsters et des rappeurs. Le comble sera atteint lors d’une scène gênante et mal inspirée au cours de laquelle Franco se retrouve avec deux canons dans la bouche.

Le fil conducteur du film s’étire tellement qu’il finit par rompre et par perdre toute logique. Seul le personnage de Selena Gomez conserve un minimum de logique et de crédibilité.

Les scénaristes ont visiblement préféré laisser l’histoire dériver vers un gigantesque trip, probablement sensé à un moment donné critiquer la dérive des jeunes gens laissant libre cours à leurs pulsions lors du spring break.

Le dernier tiers tente de basculer dans une espèce de violence graphique, totalement édulcorée. On ne verra jamais une balle atteindre un corps, le montage est si mauvais qu’on ne croira jamais aux affrontements.

De la même façon, les scènes de sexe n’existent pas, le réalisateur se contentant de multiplier les plans sur les formes des jeunes actrices, tout en n’osant jamais franchir la barrière symbolique. Tout au plus un semblant de threesome sera expédié à quelques encablures de la fin, suggérant plus qu’il ne montrera.

La bande-son, ignoble, viendra assourdir nos tympans de bout en bout, créant un semblant d’atmosphère planante, à mille lieux de la réussite des Lois de l’attraction.

Le point d’orgue du mauvais goût sera atteint avec une reprise d’un titre de Britney Spears par Franco et les filles, au piano autour d’une piscine. Jouant la carte du décalage avec un personnage de gangster prônant la violence et l’argent, celui-ci déclame tout d’un coup que la plus grande artiste au monde est Britney Spears…

Moment très embarrassant, où tous les spectateurs de la salle se sont dévisagés, interloqués face à autant de bêtise, quand certains sortaient définitivement.

Si James Franco livre une prestation catastrophique à tout point de vue, Ashley Benson et Vanessa Hudgens sortent du lot, de par leur charme et leur charisme, créant un intérêt, certes limité, autour de leur personnage. On ne peut pas adresser de reproche particulier aux actrices, qui font donc ce qu’elles peuvent avec des personnages improbables, et à l’évolution complètement aléatoire et à laquelle on ne peut pas croire une seconde.

Excessif dans ses plans voyeuristes sur les quatre actrices, faussement décalé et provocateur, ennuyeux au possible, mal écrit, catastrophique dans sa mise en scène, ce Spring Breakers est un gros nanar, que rien ne sauve. On aurait même du mal à appeler ça du cinéma…

Quelques belles images, sur le dernier tiers notamment ne suffiront pas à faire oublier le mauvais goût, des dialogues et des personnages complètement ratés.

Vouloir critiquer un style et une certaine facette de la jeunesse ou de la société américaine actuelle aurait pu être une bonne idée si le réalisateur avait su prendre un minimum de recul. Ici, il se contente d’un copié-collé abrutissant des images défilant sur les écrans de MTV Base, de plans répétitifs et de dialogues tentant de reproduire ceux des chansons gangsta-rap. Harmony Korine ne parvient jamais à dépasser la caricature et ne sera par conséquent jamais à la hauteur d’une quelconque ambition artistique. 

Un désastre complet, à éviter.

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6 réflexions au sujet de « Critique de Spring Breakers »

  1. Ah oui … Sacré déception … Personnellement je n’ai jamais eu envie de le voir car la promotions juste basés sur le physique des actrices est inintéressantes au possible et vraiment racoleuse, je n’y jamais trouvé de l’interet et encore moins depuis que je lis ton avis 🙂

  2. En effet on a deux avis complètement différents. Par contre je tiens à réagir sur James Franco, et même sur les autres rappeurs, et j’aimerai te demander en quelle version tu as vu le film? Car j’ai été moi vraiment dérangé par la VF qui est une grosse catastrophe comme j’en ai jamais vue, et qui casse énormément le ton du film tant elle est exagérée et donc ridicule. Après avoir revu quelques passages en VO, tout est différent!

    1. Oui, je suis entièrement d’accord avec ce commentaire ! Je l’ai vu en VO, et n’ai pas apprécié. MAIS je dois avouer que James Franco m’a carrément bluffé. Oui son personnage et minable et cliché au possible, mais wow, j’ai vraiment apprécié son jeu d’acteur. Il m’a convaincu. Pas sûre que j’aurais pensé la même chose avec la VF… Il joue également beaucoup avec sa voix.

  3. Mon avis est à l’opposé de tout ce que tu avances ici. Je ne m’étendrai pas plus, donc 🙂
    Ce qui m’amuse est de voir ta note, de 1,5, et de la comparer avec celle de Imdb.

  4. han t’es dur! Après c’est sûr que ce n’est pas un film, c’est un clip. Dialogues pourris, perso nazes, des maladresses dans la mise en scène et un James Franco catastrophique certes. Mais quel ovni! Il fait réagir, on ne peut pas rester de marbre face à un tel objet barré. Et le fait de me sentir parfois embarrassée devant de tels bizarreries m’a branché finalement.

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