Mini-critique To The Wonder (A La Merveille)

Terrence Malick, deux ans seulement après Tree of life et sa palme d’or, revient avec To The Wonder (A la merveille, pour la traduction littérale qui sonne très mal), accompagné de Ben Affleck, Olga Kurylenko et Rachel Mac Adams.

Note du film: indeterminée.

To The Wonder est le 6e film de Malick seulement, en 39 ans de carrière, c’est dire si l’homme semblait jusque là prendre son temps, comme c’est souvent le cas de ses scénarios.
Accélération subite toutefois depuis 2009 et sa palme d’or (faut-il y voir un lien de cause à effet?) puisque ses trois prochains films, sont d’ores et déjà en post-production:
Knights of cups (avec Natalie Portman, Teresa Palmer, Christian Bale, Cate Blanchet, Antonio Banderas),
mais aussi un film avec Ryan Gosling, Natalie Portman,, Michael Fassbender, Rooney Mara, Berenice Marlohe, Cate Blanchet, Val Kilmer ou encore Benicio del Toro,
et enfin Voyage of Time avec Brad Pitt et Emma Thompson…

To The Wonder débute par le batifolage du couple formé par Ben Affleck (Neil) et Olga Kurylenko (Marina), à Paris, puis au Mont Saint Michel. Les deux semblent très épris l’un de l’autre, Marina nous expliquant en voix-off qu’elle ne pensait pas pouvoir de nouveau éprouver de l’amour et Neil paraissant très tendre avec elle et sa petite fille.
Au point que tout ce petit monde rejoint l’Oklahoma, pour vivre comme une famille.
Les choses se compliquent et Marina repart à Paris avec sa fille, alors que son visa expire. Neil ne semble pas la retenir et renouera rapidement avec Jane, campé par la magnifique Rachel Mac Adams, une locale et ancienne connaissance de Neil.

Comme toujours avec Malick, le style du film est très particulier, misant exclusivement sur des qualités de mise en scène, une photo magnifiée et des plans mettant en valeur des éléments naturels.
To The Wonder est une nouvelle fois la preuve que Malick est un esthète accompli, doué de qualités incroyables pour placer sa caméra, réaliser des travellings ou des plans serrés stupéfiants de beauté. Même sa shaky cam aura un rendu agréable, ce qui s’avère pourtant dans la majorité des cas relativement rare avec les autres réalisateurs (souvenez-vous des Misérables).
De ce côté, To The Wonder est donc un modèle du genre, la forme étant parfaite.

C’est sur le fond que les choses seront plus discutables.
Choisissant de mettre en scène des personnages quasi muets, dont les pensées ou paroles ne parviennent au spectateur que par le biais d’une voix-off, souvent décalée par rapport à l’action, voire à contre-temps, il est assez difficile d’entrer dans leur esprit et de saisir toutes leurs motivations.
Le sens même de leurs actes nous échappera, donnée rendue encore plus complexe par un montage parfois non chronologique.
Si le procédé détient un certain charme, il montre aussi rapidement ses limites, en proposant des lignes de texte répétitives et parfois un peu trop métaphoriques et se voulant poétiques ou spirituelles.

En plus d’handicaper sérieusement Neil, le personnage de Ben Affleck, dont on n’apprendra presque rien durant les 2h de film, il donne à Marina une personnalité trop légère et rêveuse pour être crédible.
Rachel Mac Adams, dont quelques scènes ont sans doute du faire l’objet de coupes, hérite elle aussi d’un personnage qu’on a beaucoup de mal à appréhender. Difficile de comprendre l’histoire de son couple avec Neil.
Le personnage souffrant le plus de ce style est sans doute celui de Javier Bardem, qui joue un prêtre en quête de sens et souffrant manifestement d’une certaine solitude qu’il a du mal à avouer. On le verra le plus souvent marcher lentement devant la caméra et réfléchir sans que cela ne mène vraiment quelque part.

La vision proposée par Malick du couple et des femmes dans ce film peut également poser question, puisqu’il montre des personnages vraiment stéréotypés.
Marina est une femme évaporée et rêveuse, manifestant une joie enfantine (elle saute sur son lit, court dans les magasins, dans la rue), tandis que Jane vit sa passion pour Neil comme l’héroïne d’un roman Harlequin. Les deux femmes ne semblant avoir d’autre but dans la vie que d’être amoureuses et devenir épouses, tandis que Neil est manifestement préoccupé par son travail.

Ben Affleck n’aura pas eu à forcer son talent pour ce film, puisque sa performance ne demandait pas beaucoup d’efforts.
Olga Kurylenko, amaigrie, pâtit sans doute d’un personnage trop rêveur et évaporé pour qu’on puisse réellement juger de sa performance.
Rachel Mac Adams apparaît trop peu à l’écran pour qu’on puisse retenir autre chose que sa grâce et sa beauté.
Quant à Javier Bardem, le pauvre fait ce qu’il peut avec un personnage trop difficile à appréhender.

To The Wonder est un film très beau, c’est indéniable, mais au scénario très limité et abordant des questions existentielles qui ne sont finalement qu’effleurées.
Les personnages sont insaisissables, l’histoire devient presque accessoire et l’image prend le pas sur tout le reste. Proposant par moments un cinéma de l’intime avec des plans serrés et par moments un cinéma contemplatif au possible, Malick nous perd un peu en cours de route.
S’il faut avouer qu’on est tout de même facilement happé et emporté par le tourbillon de belles images, on se demande à la fin du songe quel était l’intérêt de ce voyage.

De belles images suffisent-elles à faire un bon film?
Sans doute pas.

Publicités

4 réflexions au sujet de « Mini-critique To The Wonder (A La Merveille) »

  1. Tu as réussi à en comprendre quelque chose et t’as réussi à l’écrire. A en lire ta critique, on sens que le film t’as plu, mais qu’il te manque quelque chose pour que ce soit un véritable film. Ce qui n’est pas faux, mais pour moi pas vrai non plus, mais ça ne reste que mon avis ! Bonne critique en tout cas !

  2. Ping: Index -

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s