Critique: Antiviral

Brandon, fils de David Cronenberg, livre avec Antiviral son premier long, au casting duquel on retrouve Caleb Landry Jones (vu dans X-Men First Class), Malcom Mc Dowel et Sarah Gadon (vue dans Cosmopolis de papa Cronenberg).

Note du film: 4/10

On nous conte une histoire vaguement futuriste, dans laquelle Syd est employé d’une société spécialisée dans l’inoculation de virus à leurs clients (grippe, herpès, tout y passe).
Ces virus ayant été revendus par des célébrités et leurs fans étant à ce point fascinés par elles qu’ils pensent entrer en communion avec leurs idoles de cette façon.
Syd développe un trafic parallèle, en s’injectant les virus et en les extrayant de son corps à l’aide d’une machine dérobée à la compagnie. Jusqu’au jour où le virus d’Hannah Geist causera une défaillance de cet appareil et rendra Syd réellement malade.

Le premier problème du film se situe précisément dans ce postulat de départ, trop tiré par les cheveux pour que le spectateur puisse avaler la pilule.
A trop vouloir forcer le trait des dérives du culte de la célébrité, Brandon Cronenberg nous vend une histoire manquant de finesse et dont le côté subversif passe finalement au second plan.
A la manière d’un Live, parodiant à l’extrême les émissions de télé-réalité en mettant en scène la mort en direct par le biais d’un jeu de roulette russe auquel on avait peine à croire, cet Antiviral nous laisse sur le bord du chemin.
La faute à une idée trop extrême.
On croira facilement au rêve implanté dans le cerveau dans le futur imaginé par Total Recall, on croira plus difficilement à cette idée de payer pour se faire injecter des virus et souffrir de la même manière que son actrice préférée.

Imaginez Scarlett Johansson arborer un sérieux herpès génital. Imaginez-vous maintenant payer pour être contaminé par ce même herpès par le biais d’une seringue.
Crédible? Je ne crois pas.
Certains prendraient sans doute le risque de contracter le virus d’une autre façon. Mais payer pour se le faire injecter?

Tentés?
Tentés?

Pourtant, Brandon Cronenberg a du style. Il sait jouer avec les tons et les couleurs, a le sens de l’esthétisme et de la direction d’acteurs, mais la belle photographie, le travail réussi sur la lumière et sur les décors, d’une perfection clinique, ne font pas oublier l’essentiel: on ne s’intéresse pas plus que cela au film.

Brandon Cronenberg joue de facilité, en opposant la blancheur immaculée des costumes au sang perdu par Syd ou par Hannah Geist (Sarah Gadon), créant un contraste trop évident.

Il faut toutefois souligner le joli travail réalisé sur l’évolution de Syd, rouquin à la peau devenant presque translucide, une fois la maladie s’emparant de lui.

Le film possède pourtant une atmosphère propre, inquiétante, amplifiée par une bande-son idoine. On ne pourra pas enlever à Brandon Cronenberg d’avoir su créer un univers propre, ne ressemblant à aucun autre.

J'ai trouvé la formule du Milkshake parfait
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Toutefois, Antiviral accuse de gros problèmes de rythme, conduisant inexorablement le spectateur à l’ennui.
Si ce défaut est loin d’être aussi important que dans Cosmopolis (de papa), il faudra tout de même se faire quelque peu violence pour aller jusqu’au bout.

Cronenberg parvient à créer une oeuvre originale, notamment par l’idée de la manipulation d’un virus, mal insaisissable et qui crée une sorte de fascination au début du film.
Il ne joue pourtant pas suffisamment avec ce concept, tombant rapidement dans l’excès en allant jusqu’à donner un visage humain (certes déformé) aux différents virus.
Si cette idée outrancière peut être excusée, il n’en reste pas moins dommage d’avoir succombé à la tentation du charnel. Même constat avec deux passages du film où on nous exposera des chairs déformées, alourdissant inutilement le propos.

Enfin quelques incohérences viendront handicaper le scénario, comme le fait que Syd ait réussi à constituer une machine à son appartement en la dérobant (ou tout au moins des pièces) à son entreprise alors que les employés subissent une fouille minutieuse en quittant leur service.

On retiendra de ce film expérimental la belle performance de Caleb Landry Jones, l’aura de Sarah Gadon et les qualités plastiques de l’oeuvre.
Tout cela ne suffisant pas à faire un bon film, Antiviral ayant un rendu trop froid, trop clinique pour captiver.

Tout au plus, Antiviral vous donnera envie de manger un steak bien saignant après le film.

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6 réflexions au sujet de « Critique: Antiviral »

  1. Ah là là, pas du tout d’accord… Je me suis complètement laissée embarquer par cette histoire de virus. Le film est maladif et excessif, c’est ce que j’ai aimé. Brandon Cronenberg va jusqu’au bout de son idée de manière totalement hypnotique. C’est tordu et dérangeant mais extrêmement bien vu.

    1. Effectivement, j’ai relu ta critique après avoir vu le film. On n’a pas perçu le film de la même façon, mais je comprends bien ton point de vue, parce que j’ai quand même trouvé des qualités à ce film, qui ne m’a pas emballé.
      J’ai trouvé que Cronenberg Jr prenait des directions trop opposées (virus, sa matérialisation, les déformations de la chair inutiles) , contrastes trop marqués etc…pour me séduire.

      1. Je comprends ta réserve. Le seul aspect que j’ai trouvé un peu confus c’est effectivement la personnification du virus mais sinon je le reverrai sans hésiter 🙂

  2. Même note pour moi et je dois dire que je suis plutôt d’accord avec toi. Le film a plein de qualités mais comme toi, je me suis pas mal ennuyé et j’ai dû un peu lutter pour arriver au bout. Le côté froid et clinique ne m’a pas dérangé mais je n’ai pas trouvé le concept très crédible. Puis au-delà de l’incohérence de la machine que tu signales, je me demande surtout comment avec une sécurité pareille dans l’entreprise, personne n’ait imaginé que les employés puissent s’injecter le virus pour le voler. Surtout que Syd tire une tête pas possible tout du long, ce n’est pas très cohérent.

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