Critique: Les Gamins

Les Gamins, comédie réalisée par Anthony Marciano, met en scène Max Bloubil, Alain Chabat, Sandrine Kiberlain et Mélanie Bernier.

Note du film: 7,5/10

Thomas (Max Boublil) est un jeune musicien rêveur, qui vit de ses prestations dans les mariages et qui rêve secrètement de percer dans l’industrie de la musique. Il rencontre Lola (Mélanie Bernier) et décide de l’épouser, en même temps qu’il postule pour un travail sérieux et sans rapport avec la musique, pour vivre. Il rencontre alors ses parents, Gilbert (Chabat) et Suzanne (Kiberlain).
Gilbert semble déprimé et s’ennuyer ferme à la maison après avoir revendu son entreprise. La rencontre avec Thomas va le dérider et lui faire prendre conscience qu’il a mis ses rêves de côté trop longtemps pour s’embourgeoiser. Il vit subitement une crise, quitte le domicile conjugal et entraîne Thomas dans une spirale aussi délirante que régressive.

Le scénario des Gamins est écrit par Marciano et Boublil, deux amis de longue date, qui avaient déjà écrit ensemble un spectacle de l’humoriste ainsi que quelques unes de ses chansons (si vous ne connaissez pas, vous en retrouverez deux en fin d’article).

De leur propre aveu, les deux scénaristes avaient pensé à Alain Chabat pour interpréter le rôle de Gilbert dès la phase d’écriture, ce qui explique que le personnage joué par l’ex-Nul soit si réussi et en phase avec l’humour du comédien.

La première réussite de cette comédie enlevée est son ton grinçant et irrévérencieux, qui l’éloigne dès les premières minutes des comédies plan-plan et trop convenues auxquelles le cinéma français nous abreuve: Un prince presque charmant ou Turf  pour n’en citer que deux récentes.

Les personnages, sans être extraordinaires ou spécialement originaux, ont de véritables traits de caractère et semblent avoir été mûrement réfléchis pour faire rire à l’écran.
A la fois proche de nous (Lola), éternel adolescent (Thomas) dont les répliques et références parleront immanquablement à chaque spectateur masculin, quelque soit son âge, ou père de famille qui rêve d’évasion et de folie (Gilbert), chaque personnage fonctionne à plein.
Ici, pas de distance avec les héros, qui paraissent proches de nous et qui se retrouvent propulsés dans des situations folles, mais pour lesquels l’empathie sera toujours présente.
On s’identifiera ou on reconnaîtra un proche dans les tics de l’un ou de l’autre.
Les personnages de ce film sont sans doute le principal point fort du film, à côté des dialogues.

Ce soir, tu vas prendre
Ce soir, tu vas prendre

Comme pour le très réussi Amour et Turbulences dont les dialogues avaient été écrits par un autre jeune humoriste à l’orée de sa carrière au cinéma (Nicolas Bedos), l’excellent travail de Max Boublil paie ici.
Pas encore compromis par de savants calculs pour essayer de ratisser large, on sent ici la sincérité et la fraîcheur dans l’écriture de dialogues qui correspondent parfaitement à la personnalité et au style de l’humoriste.
Max Boublil fait du Max Boublil et c’est tant mieux car il donne ainsi au film une réelle personnalité et un ton décalé qui ne ressemble pas à l’un des aînés de la grande famille du cinéma français.

On reconnaîtra toutefois l’inspiration des frères Farrerlly pour au moins l’une des scènes, mais le gag fonctionnant, on ne blâmera pas Boublil et Marciano.

Les Gamins est une véritable comédie romantique, dans tous les sens du terme, puisqu’on rira franchement tout le long, tout en suivant le fil rouge de l’histoire d’amour.
On pourra simplement reprocher au scénario une dernière partie un peu trop attendue et qui recolle les morceaux de la morale, tandis que le reste du film était plus enlevé et inspiré, grâce à la folie ambiante.

On excusera bien volontiers quelques maladresses et quelques dialogues ou gags un peu poussifs, tant l’ensemble fonctionne et permet au spectateur de rire instantanément à plusieurs reprises. ce sera notamment le cas pour l’un des derniers gags du film, à travers une traduction épique à l’UNESCO, véritable point d’orgue de cette comédie.

On pardonnera bien volontiers également quelques facilités scénaristiques avec une entrée très rapide dans l’industrie de la musique pour les deux personnages principaux, très peu crédible puisque cela permet au film de ne pas se perdre dans des scènes ennuyeuses et de conserver un très bon rythme.

Max Boublil se révèle très à son aise devant la caméra, sans doute aidé par un personnage très proche de ceux qu’il interprète dans ses sketches ou clip parodique. Drôle, charmant, enjoué, il donne à Thomas une réelle couleur et une grande sincérité.

Alain Chabat n’avait pas été à pareille fête depuis bien longtemps dans une comédie, aidé lui aussi par un personnage sur-mesure. Le comédien met tout son talent au service de cette comédie, à laquelle il a manifestement pris du plaisir à participer et le résultat se vit à l’écran.

Mélanie Bernier livre également une belle prestation, en donnant vie à un personnage très crédible et touchant.

A noter l’excellente bande-son de ce film, contenant quelques titres d’Iggy Pop repris par des enfants (pour évoquer la régression des personnages, fans du hanteurs), ainsi que quelques titres écrits par Boublil, simples et amusants.

Les Gamins est une comédie très réussie, hautement recommandable et qui donne un sérieux coup de fraîcheur dans l’univers des comédies franchouillardes pataudes et ennuyeuses.
Le genre de films qu’on aimerait voir plus souvent à l’écran.
Frais, drôle et sans compromission.

Tu peux oublier Turf, mon gars
Tu peux oublier Turf, mon gars
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3 réflexions au sujet de « Critique: Les Gamins »

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