Mini-Critique: le Passé

Asghar Farhadi, réalisateur Iranien, avait affolé la Croisette avec le Passé.

Pour ce nouveau film du réalisateur d’Une Séparation, sont réunies deux valeurs sûres du cinéma français : Bérénice Béjo, qui avait triomphé avec The Artist, le film de son mari et Tahar Rahim, héros du film Le prophète. Ces deux longs-métrages et leurs acteurs avaient réalisé un carton plein aux Césars.

Note du film : 7/10

Une jeune femme, Marie, accueille son ex-mari, Ahmad, venu d’Iran, en banlieue parisienne, afin de régler les formalités de leur divorce et lui permettre de se remarier avec son nouveau compagnon, Samir.

Lorsque Ahmad arrive dans la maison de Marie, il découvre un lieu dans lequel règnent tensions et non-dits entre Marie, Fouad (le fils de Samir), Lucie et Léa, les filles de Marie.

Il se retrouve alors au cœur des problèmes et tente d’apaiser le conflit entre l’aînée et sa mère, à la demande de cette dernière.

Le Passé est un film atypique, en ce sens que Farhadi prend le temps d’installer l’histoire et les personnages, sans pour autant créer de longueurs ou alourdir son propos par des dialogues interminables.

Ce film se révélera rapidement d’une finesse exemplaire, misant sur des personnages peu enclins aux longs discours, du fait sans doute des situations gênantes dans lesquelles ils se trouvent régulièrement.

Le fait d’avoir écarté les discours et les éclats trop longs, courants dans ce genre d’histoire, permet au propos d’être subtil et de laisser au spectateur le soin de réfléchir à chaque élément qui défile devant ses yeux. Sans pour autant avoir à faire tout le travail à la place du réalisateur ou du scénariste, puisque les éléments principaux qu’on attend seront bel et bien dévoilés.

Le revers de la médaille, parce qu’il y en aura un, réside dans le personnage de Samir, assez renfermé sur lui-même et qui ne s’ouvrira qu’à de rares occasions durant le film.

Cette situation, voulue et normale au vu des éléments de révélation qu’il faut donner dans le dernier tiers du film, a pour conséquence de créer un personnage trop froid et surtout trop distant avec Marie.

Résultat des courses : même si on perçoit bien toute la difficulté qu’éprouve ce personnage dans sa vie familiale, on peine à croire à sa relation de couple avec Marie, qui manque de tendresse.

Si le scénario est très bien construit de premier abord, il n’en reste pas moins qu’on pourra se questionner sur la patience dont fait preuve Ahmad avec tout le monde et sur sa scène finale avec Marie, dont on a du mal à croire qu’il puisse accepter sa réaction….

Son personnage, utilisé pour créer le lien entre tous les membres de la famille (composée ou recomposée) est à la fois beau et peu crédible par moments, puisqu’il fait preuve de beaucoup trop d’altruisme, notamment en comparaison avec celui de Marie.

Et sinon...on pourrait faire ménage à trois?
Et sinon…on pourrait faire un ménage à trois?

 

Dernier reproche : pourquoi diable Farhadi a cru bon d’installer un second personnage Iranien, avec lequel Ahmad dialogue au cours de plusieurs scènes…en Iranien non sous-titré ?!?

On peut pardonner ce genre de choses du rip d’un film américain dont certaines actions se passent en Ouzbékistan et que les traducteurs du web ont eu du mal à décoder…mais pas d’un film de ce calibre au cinéma !

Ces remarques sur le scénario et les personnages mises à part, il est à noter que Farhadi parvient, grâce à son style très particulier, à instaurer une ambiance très réussie et à capter l’intérêt du spectateur tout au long du film.

Livrant un film beau, sans fioritures, visuellement impeccable, Farhadi réussit haut la main son pari, s’emparant d’une histoire simple pour transmettre l’émotion.

Reste une conclusion qui laisse un peu sur notre faim, même si c’était probablement pour enfoncer le clou. On pourrait tout de même penser que Farhadi, animé des meilleures intentions, n’avait pas su comment terminer son histoire.

Bérénice Béjo campe un personnage complexe, tiraillé et porteur d’une émotion sincère avec grâce et talent. L’actrice livre une grande performance, récompensée à juste titre du prix de meilleure interprète féminine à Cannes.

Tahar Rahim parvient à s’extirper d’un rôle très compliqué à interpréter et à véhiculer de l’émotion lui aussi, malgré le mutisme de son personnage. Son regard, souvent lourd, exprimera beaucoup.

Ali Mosaffa livre lui aussi une performance de grande qualité, jouant à merveille le personnage qui essaie de tout faire pour le mieux tout en se préservant un minimum.

Enfin Sabrina Ouazani campe un personnage pas si secondaire avec beaucoup de justesse et d’énergie. L’actrice de Mohamed Dubois confirme son potentiel, qu’on ne devrait pas tarder à voir exploité davantage à l’avenir.

Le Passé est donc un film très recommandable, beau et subtil, même si on n’oubliera pas quelques défauts. 

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3 réflexions au sujet de « Mini-Critique: le Passé »

  1. Je comprends tes réserves sur certains personnages mais, par contre, je trouve la fin ouverte très réussie et émouvante 🙂
    Le personnage de l’ami est sans doute un hommage discret à la diaspora iranienne.
    Leurs échanges en persan étaient sous-titrés en français sur la copie que j’ai vue au cinéma !

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