Critique: Jeune Et Jolie

Jeune et Jolie n’est pas la nouvelle édition de votre magazine favori, mais bel et bien le nouveau film de François Ozon, réalisateur de 8 Femmes, Dans la maison ou encore Sitcom.

Note du film: 7,5/10

Présenté au dernier festival de Cannes, ce film présente un thème original et pour le moins sulfureux, puisqu’il s’agit d’une adolescente de 17 ans se livrant volontairement à des actes de prostitution.

Isabelle vit avec sa mère, son beau-père et son petit frère, avec lequel elle entretient par ailleurs une relation surprenante puisqu’elle se confie parfois à lui sur des sujets touchant à sa vie sexuelle. D’une nature réservée et secrète vis-à-vis de sa mère, elle vit sa première expérience sexuelle un été au cours des vacances familiales, avec un jeune Allemand, dont elle ne semble par ailleurs pas s’éprendre.

Le film, découpé en séquences suivant les saisons, propose de retrouver Isabelle de retour à Paris, en tenue ne semblant pas correspondre à son âge (tailleur), sur le chemin d’une chambre d’hôtel, où elle a rendez-vous avec un homme. On découvre alors qu’elle se livre à la prostitution, prenant elle-même ses rendez-vous par le biais d’un site internet et d’un second téléphone portable.

Le reste du film traitera de ce parcours atypique et de ses conséquences sur la vie familiale d’Isabelle.

S’emparant d’un sujet difficile, Ozon opte pour un traitement original et s’éloignant des schémas de réalisation traditionnels, un peu à son habitude.

Chaque séquence correspondant à une saison s’achève par une chanson de Françoise Hardy, souvent teintée de mélancolie.

Ce film ne traite finalement pas que de la question de la prostitution et des raisons qui amènent Isabelle à faire ce choix.

C’est aussi l’occasion pour Ozon de se plonger dans la vie d’une adolescente, avec ses doutes et ses questionnements sur la construction de sa propre personnalité et sa perception du monde et des autres.

Il fait d’emblée d’Isabelle un personnage rebelle, en marge des adolescents qu’elle côtoie et de leurs préoccupations.

Ozon met aussi en lumière le fait qu’avec un simple ordinateur portable, une connexion internet et un téléphone, il est aisé aujourd’hui d’avoir accès à un univers aussi particulier que la prostitution par le biais de simples sites internet.

La famille d’Isabelle ne soupçonne rien de ses activités.

Il aurait pour cela fallu se livrer à des intrusions dans sa vie privée en consultant des SMS ou historiques de navigation internet…

Ozon parvient à traiter ce sujet de manière pertinente, juste et assez fine. Sans jamais verser dans le cliché ou la facilité, le réalisateur fait preuve d’une certaine élégance dans sa mise en scène, parvenant à créer une empathie presque immédiate avec le personnage principal, quand bien même demeureront plusieurs zones d’ombre et de mystère autour d’elle.

Ozon aborde un autre de ses thèmes de prédilection, à savoir la famille, sujet essentiel de son long-métrage Sitcom, à la fin des années 90.

Ici, on s’attardera beaucoup sur la relation mère / fille, houleuse, compliquée que vivent Isabelle et sa mère, campée par une Géraldine Pailhas très juste.

C’est d’ailleurs sur cet aspect qu’Ozon se montre le plus à l’aise et pertinent, sa caméra s’immisçant dans une vie familiale à laquelle on croit rapidement et facilement, avec une petite réserve sur quelques échanges au début du film entre le frère et la sœur.

François Ozon parvient à réaliser un film captivant de bout en bout, en entourant son personnage principal de mélancolie et de mystère. Le spectateur sera comme happé par cette histoire surprenante, qui ne prend presque jamais le chemin attendu et rien que pour cette raison, ce Jeune et Jolie est réussi.

Pour autant, Ozon n’évite pas quelques écueils, sans doute en raison de sa volonté d’obtenir un rendu original.

Si le côté scabreux induit par le sujet est évité grâce à une réalisation élégante et la finesse de la narration, quelques fautes de goût seront tout de même au rendez-vous.

Une scène montrera les élèves de la classe d’Isabelle réciter le poème de Rimbaud On n’est pas sérieux quand on a 17 ans, à tour de rôle, façon documentaire, avec de gros plans sur les visages des adolescents. Cette scène jure avec le reste du film, lui conférant un côté ultra-réaliste malvenu, pendant quelques minutes.

Ce défaut est d’autant plus regrettable qu’il est probablement là pour accentuer le propos et bien faire comprendre que le thème du film reste avant-tout l’adolescence et son état d’esprit.

Il n’était sans doute pas nécessaire de souligner le propos de la sorte.

Marine Vacth réalise une grande performance d’actrice, parvenant à incarner un personnage féminin riche, mystérieux et fort.

Sa beauté, sa grâce et son charisme évidents contribuant à rendre son personnage plus marquant.

Jeune et Jolie est donc un long-métrage à voir, réussi et original, même si ce n’est pas forcément un grand film.

C’est en tous cas la promesse d’un beau moment de cinéma et d’une plongée captivante et réussie dans le monde de l’adolescence.

jeune_et_jolie_marine vacth le blog cinema de wildgunslinger

Marine-Vacth-Jeune-et-Jolie-Cannes le blog cinema de wildgunslinger

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4 réflexions au sujet de « Critique: Jeune Et Jolie »

  1. Dans la globalité je suis assez d’accord avec toi sauf que je suis beaucoup plus réticent sur le scénario du film. François Ozon nous met face à un personnage vraiment énigmatique et très intéressant.
    Elle va être intéressante du début à la fin, mais tous ceux qui gravitent autour d’elle ne sont pas correctement développés. On veut en savoir plus sur la mère, on veut la voir jouer avec son coté perverse, on veut en apprendre plus sur la psychologie des jeunes qui l’entoure…
    On a la base et le background, mais il manque un développement complet sur tous ceux qui gravitent autour d’elle.
    Ah et juste pour t’embêté un peu : Marine Vach est bien supérieure à Lou de Laâge ! 😉

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