Critique: La Grande Boucle

Quinze jours avant le départ du Tour de France 2013, sortait sur nos écrans La Grande Boucle, de Laurent Tuel, mettant en vedette Clovis Cornillac.

Le cinéma français lorgne ces dernières années sans trop s’en cacher vers les sujets et personnages populaires, plus particulièrement pour ses comédies. Sans doute inspirés par le succès colossal de Bienvenue chez les Ch’tis en 2008, les scénaristes n’hésitent plus à placer autant de références régionales que possible dans leurs histoires, à obliger leur héros à traverser la France (Un prince presque charmant), ou même à devoir composer avec les particularités locales (Vive la France) pour ne reprendre que deux exemples récents.

Quel sujet était plus propice à l’application de cette recette que le Tour de France ?

Qui plus est, même entachée des plus gros scandales médico-sportifs, cette compétition continue à battre des records de popularité.

Note du film : 5,5/10

François (difficile de trouver prénom plus emblématique), en proie à des difficultés familiales, voit son épouse lui tourner le dos et perd le même jour son emploi à Sport 2000, suite à une maladresse avec un coureur cycliste de l’équipe sponsorisé par l’enseigne de sport. Il fait alors connaissance avec un ancien directeur sportif, Rémi Pletinckx (Bouli Lanners), au passé sulfureux. Cycliste amateur passionné, François, livré à lui-même, décide alors de faire son  Tour de France, seul, en effectuant chaque étape la veille des professionnels. François finit par se faire remarquer par les médias et à faire parler de lui…

 

Si on l’aborde comme une comédie, La Grande Boucle n’est pas très réussie, loin de là.

Laurent Tuel s’était en effet montré beaucoup plus efficace avec son Jean-Philippe. Ici, les gags ne seront pas toujours drôles, parfois balourds (les interventions malheureuses de Nelson Monfort en tête) ou téléphonés (les répliques d’Ary Abittan). Certaines tirades feront tout de même mouche.

 

La Grande Boucle n’est pas non plus un film extraordinaire, la faute principalement à un scénario simpliste et jouant beaucoup trop sur les bons sentiments et le thème de la rédemption du père égoïste.

Tuel n’hésite pas à jouer avec tous les clichés, notamment les spécificités nationales, en l’occurrence françaises, italiennes ou hollandaises.

Puisqu’ils ne pouvaient que difficilement éviter le sujet, les scénaristes ont même intégré la question du dopage, sans beaucoup de finesse, dans une histoire cousue de fil blanc.

Résultat des courses : rien ne nous est épargné et l’ensemble finit par manquer d’originalité.

Tuel axe son film sur le personnage interprété par Clovis Cornillac et délaisse beaucoup trop les personnages secondaires, pas assez fouillés et qui donnent souvent l’impression de n’être là que pour faire avancer l’histoire.

Le film manquera de finesse jusque dans la gestion de caméos trop marqués (Bernard Hinault et Laurent Jalabert), peu crédibles (Nelson Monfort, qui peine par ailleurs à jouer la comédie) et parfois embarrassants (Michel Drucker).

Pour illustrer ce côté balourd, on remarquera le clin d’œil assez maladroit à Eddy Merckx dans l’orthographe du nom du personnage du directeur sportif (Pletinckx) ou encore l’énumération interminable des surnoms des cyclistes les plus connus, au cours d’un échange entre Cornillac et le personnage d’un rappeur nommé…Ame Strong.

Clovis Cornillac entouré des huiles du Tour de France
Clovis Cornillac entouré des huiles du Tour de France

Une fois ces défauts évoqués, il faut tout de même reconnaître au film de Laurent Tuel plusieurs qualités.

La réalisation, en premier lieu, qui est le point fort du film.

En plus de bénéficier d’une photo irréprochable, Tuel fait preuve d’une originalité salvatrice dans sa mise en scène, apportant un soin particulier à ses plans et en faisant preuve de quelques trouvailles surprenantes dans un tel film.

Il parvient à tirer profit des paysages traversés par Cornillac et à éviter les facilités (vues aériennes notamment) qui auraient rapproché sa réalisation de ce que proposent les caméras de France Télévision chaque été.

Les séquences en montagne s’avéreront les plus réussies.

Le film, malgré ses défauts et ses personnages trop caricaturaux, réussit également à être très prenant. Fait original : alors qu’on suit a priori une histoire qui ne présente aucune originalité dans son déroulement, on se surprend à vibrer pour le héros.

Clovis Cornillac livre une prestation admirable, son côté franchouillard servant efficacement la cause du film, rendant son personnage de Monsieur-tout-le-monde attachant et presque crédible, malgré quelques raccourcis.

Ary Abittan quant à lui, fait ce qu’il peut avec un personnage assez peu crédible de coureur Italien. Si son accent est très peu réussi, son énergie compensera en partie ce défaut.

Elodie Bouchez et Paul Granier (l’épouse et le fils de François) pâtissent de personnages trop caricaturaux et manquant de profondeur.

Bruno Lochet et Bouli Lanners, présents pour accentuer le style franchouillard du casting, bénéficient eux aussi de personnages trop secondaires et trop stéréotypés (alcoolisme, style beauf assumé) pour briller. 

La Grande Boucle est donc un film moyen, mais honorable, dont le capital sympathie finit par l’emporter. Ce n’est en tous cas pas le nanar que le scénario aurait pu entraîner, grâce au travail de Laurent Tuel et de Clovis Cornillac, principalement. 

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2 réflexions au sujet de « Critique: La Grande Boucle »

  1. Je suis en très grande partie d’accord avec toi, on se rejoint sur certains points. Très bonne critique !

    Si tu as lu mon interview de Laurent Tuel, il évoque son envie de construire son film comme un western, ce qui se voit à l’écran notamment dans sa réalisation, comme tu l’as souligné 😉

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