Mini-critique: Le Congrès

Le Congrès est un film particulier, réalisé par Ari Folman (Valse avec Bachir) et avec Robin Wright dans le rôle de… Robin Wright.

Vous rêviez de voir réunis dans le même film Michael Jackson, Grace Jones et Robin Wright? C’est chose possible avec Le Congrès, film mêlant animation et live, drame et anticipation.

Le Congrès raconte l’histoire de l’actrice Robin Wright, 44 ans (47 aujourd’hui dans notre monde à nous), en proie à des difficultés professionnelles lorsque son agent (joué par un Harvey Keitel des grands jours) lui explique que les studios ne veulent plus d’elle.

La raison? Elle devient trop âgée et sa carrière est jalonnée de mauvais choix sur une période de 15 ans. Intéressante mise en abyme quand on se penche sur la carrière de l’actrice et qu’on constate qu’entre 1994 (Forrest Gump) et 2011 (Millenium) ses choix de films ont effectivement été plutôt catastrophiques. Un certain malaise s’empare alors de nous, amplifié par le cruel constat établi par l’agent qu’une actrice, passés ses 45 ans, connaîtra immanquablement un phénomène de rejet par les studios. Et là, pas besoin de chercher midi  quatorze heures: la fiction rejoint clairement la réalité.

Les scènes entre Robin Wright et son agent sont rythmées par des dialogues intenses, parfois violents, mais toujours très efficaces.

L’intensité retombe toutefois quelque peu lorsqu’on découvre la vie personnelle de l’actrice, recluse dans un entrepôt près d’un aéroport avec ses deux enfants. Son fils est atteint d’une maladie le conduisant doucement vers le chemin de la cécité et de la surdité, donnant au film des relents de mélo parfois trop appuyés.

Il n’en reste pas moins que cette première partie du long-métrage s’avère prenante, originale et intéressante.

le congres robin wright harvey keitel wildgunslinger

Quand Robin Wright accepte de se faire scanner et de vendre par la même occasion son image d’actrice, on comprend qu’elle vend aussi son âme.

Cette idée sera malheureusement étayée un peu trop lourdement par l’énonciation des genres et types de personnages qu’elle refusera malgré tout à son double numérique.

Robin Wright, en signant ce contrat, se verra également dépossédée de son image.

Au travers des discussions et des images d’un film interprété par des acteurs numériques, on devine l’esquisse d’un débat sur un futur possible du cinéma.

Il faut alors mettre ce sujet en relation avec les fantasmes de cinéastes tels que James Cameron, convaincus que le cinéma pourrait bien se passer d’acteurs en chair et en os dans l’avenir.

Le Congrès s’avèrera très réussi et profond jusqu’à un subit changement de forme, au moment justement de l’ouverture du Congrès, auquel Robin Wright, 20 ans après s’être fait dépossédée de son image d’actrice, est conviée par le studio.

Le film devient alors un film d’animation. Seulement voilà, la rupture de ton est trop forte, les couleurs trop vives, les dessins trop sommaires (hormis celui du personnage de Robin Wright), les délires visuels trop prononcés.

Imaginez le générique de Ma sorcière bien aimée, sur une durée beaucoup trop importante et vous aurez une idée du décalage crée.

Pour accompagner ce changement de forme subit, un changement de ton s’effectue. D’une finesse de narration et de dialogues parfaitement ciselés, on passe soudainement à un trip sous acide peace and love, faussement compliqué par une histoire qui part dans tous les sens, faisant perdre son intérêt au film.

le congres wildgunslinger

Des extraits ou trailers de films mettant en vedette la Robin Wright numérique aux délires scientifiques à l’origine de drogues aux effets incroyables, le film perd de sa finesse et le sujet de son intérêt.

Le petit clin d’oeil aux années 80, qui ont vu l’éclosion de Robin Wright (souvenez-vous de Kelly Capwell dans Santa Barbara) n’arrangera pas les choses quand on croisera la route de Michael Jackson ou de Grace Jones…

La partie finale, qui nous propose un retour à des images traditionnelles, se perdra elle aussi dans un enchevêtrements de bons sentiments et de lieux communs, à mille lieux de la réflexion entamée au début du film.

Original dans sa forme, profond et captivant dans sa première partie, le film voit son intérêt retomber dans sa deuxième partie.

En résumé, Le Congrès aurait pu être un très bon film, sans congrès.

Note du film: 5,5/10

 

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16 réflexions au sujet de « Mini-critique: Le Congrès »

  1. Moi j’ai hâte de voir ce film ! J’adore Ari Folman et Robin Wright dans Perfect Mothers m’a littéralement liquéfié. Il ne passe pas dans mon cinéma (art & essai),une honte =/

      1. J’ai un cinéma de centre ville et il ne propose pas forcément que des bons trucs. Malheureusement, celui ci n’est pas de la partie. Dommage.

  2. Un grand film et une magnifique réflexion sur l’avenir du cinéma. Vraiment, je ne vois rien à lui reprocher. La partie animée est étourdissante, il faut se laisser porter.

  3. Le film commence bien, malgrés son côté mièvre (le cerveau lent, le gamin malade qui rêve d’évasion, les avions, le côté un peu clipesque sur-esthétisant du début). Bon enfin, il découvre les joies de la caméra, pour un type qui vient de l’animation c’est normal, il se fait plaisir. Bon. Cet aspect va ensuite crescendo, on commence à appréhender un peu au moment du scannage. Le jeux de Robin Wright devient poussif, l’anecdote bancale d’Harvey Keitel est trop sirupeuse et improbable. Mais passons, le sujet est intéressant, dans l’aire du temps, et pour l’instant on met tout ça sur le compte du passage pour le réa de l’animation au film-animation. Ellipse post-scannage. Désert. Robin Wright fonce dans sa bagnole. Cliché clipesque. Bon ça doit être ironique, c’est moi qui n’ai rien compris. Maquillages vieillissants un peu grossiers (pour un film qui traite du futur technologique du cinéma, ça la fout mal). Le code barre sur la voiture, le côté K.dickien, tout ça bien-sûr. Blade Runner en 1982 faisait mouche dans cette forme d’anticipation en un plan séquence magistral, là on est à la moitié du film, on attend encore l’émerveillement qui nous fera dire « Waouw le futur ! » scotché à notre siège, comme pourrait le faire tout film SF digne de ce nom. Rien ne nous préparait à cette forme d’émerveillement. En effet : l’héroïne arrive à Toonville après absorption de la substance hallucinogène. A partir de là, le fait qu’elle soit en voiture dans le désert devient accessoire, ça doit être une drogue qui te permet de conduire peinard. Enfin bref. Bon. C’est une hallucination partagée par tout le monde apparement, comme une sorte de réseau privé pour camés, mais bizarrement bloqué dans une esthétique cartoonesque des années 30. Pourquoi ? Robin Wright est née dans les années 60. BREF. Ensuite vous aurez droit à des débuts de sujets baclés, des références grosses comme des montagnes (hallucinées ? ahah), et une esthétique glucose-psychédélique-teletubbies de plus en plus insupportable. Jusqu’au climax débilo, entre Into the void, Marie Antoinette et Space Jam.

  4. Oulala. Ca m’fait mal de lire ça. L’analyse est relativement pertinente je trouve. Toutefois, « Le Congrès aurait pu être un très bon film, sans congrès », ça me gêne.
    Tu sous-entend donc que ce n’est pas un très bon film. Bon. Pourquoi ? Parce que blablabla l’intensité retombe blablabla rupture trop forte couleurs trop vives dessins trop sommaires blablabla.
    Ouais, c’est vrai que c’est violent, la rupture est très forte, les couleurs sont très vives, et les dessins très sommaires (quoiqueeee). Ça percute le spectateur, clairement. Ça bouillonne d’idées et ça part un peu dans tous les sens. Ça touche à plein de sujets importants, que ce soit à propos de cinéma, ou même de l’Homme en général. C’est pas un film qui choisit son sujet, s’en contente, et le garde du début à la fin. Au contraire, je trouve qu’il donne à réfléchir sur plein de trucs importants. Pour moi, la deuxième partie est un pur coup de génie, fourmillant de références visuelles et symboliques.
    En résumé, je dirais que c’est un film TRES, tellement TRES que ça m’étonne pas qu’il soit reçu comme un film TROP par nombre de spectateurs. Mais dire que la deuxième partie est malvenue et l’empêche d’être un très bon film, j’trouve ça un peu too much …

  5. Je suis d’accord avec le commentaire précédent, la deuxième partie est excessive mais c’est ce qui fait son charme (voire son génie).
    Mais je trouve quand même dommage de réduire le film à un fourmillement d’idées et de thèmes, qu’ils soient bien reçus ou non. A mon avis, la présence du personnage d’Aaron donne une cohérence au film et sa maladie est à mettre en parallèle avec la folie visuelle de la partie cartoon. Pour moi, c’est avant tout un film sur l’imagination et ses dangers et j’ai perçu le périple du personnage principal comme l’expérience qu’une mère fait de la perte de contact avec le réel que subit son fils. Le côté fable politique est à mon avis assez maladroit et parasite un peu cet aspect des choses mais la toute fin rectifie le tir et montre bien que le film a un fil rouge au-delà de son côté délirant. Du coup, ça en fait d’autant plus un mélo (ce qui t’a déplu dans la première partie), mais sûrement le mélo le plus original et inventif que j’aie jamais vu!
    Je me permets de mettre un lien vers ma critique pour un point de vue différent: http://www.jecritiquepasjeconstate.fr/forever-young/

      1. Merci pour le lien. Article très intéressant effectivement pour une mise en perspective avec le cinéma d’anticipation, que je connais très mal (voire pas du tout).

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