Death Proof

Death Poufs

Quentin Tarantino s’est allié à son vieil ami Robert Rodriguez, pour nous offrir un double-film, au concept rendant hommage à un système d’exploitation purement américain : la double-programmation. Cette méthode consistait à diffuser deux films d’affilée, entrecoupés de bande-annonce.

Les deux amis ont donc réalisé chacun un segment de leur film Grindhouse, Death Proof (traduit Boulevard de la Mort en bon français) signé Tarantino, et Planet Terror (titre non transposé, allez comprendre quelque chose) pour Rodriguez: un film de zombies avec Michael Biehn (le héros de Terminator).
Les américains ont donc eu la chance de découvrir cette double programmation, ainsi que les fausses bandes annonce réalisées par nos deux compères.
En France, les spectateurs n’auront pas eu le bonheur de découvrir les deux films lors de la même séance ni, par conséquent, les fausses bandes-annonce, puisque les deux films étaient sortis à des dates différentes.
N’oublions pas qu’en France, on ne fait jamais rien comme les autres.

Repartie bredouille de Cannes, l’équipe du film affrontera une presse mitigée avant la sortie en salles.
On retrouve au casting Kurt Russel (New York), malgré le fait que Mickey Rourke était le favori de Tarantino.
Côté féminin, on admirera Rosario Dawson, Rose Mc Gowan, Vanessa Ferlito, la magnifique Sydney Tamiia Poitier (vue dans des séries TV et dont la carrière n’aura jamais décollé).

Imaginez des personnages tout droit sortis d’un roman de Stephen King, américains moyens, traînant dans les bars, vivant au rythme des années 70, écoutant de la musique de cette époque, shorts et tops moulants pour les filles, jeans et cuir pour les hommes, herbe et bière pour accompagner ces soirées.

Un premier groupe de filles un peu délurées se prépare à passer un week end entre elles au bord d’un lac. Elles commencent par une soirée dans un bar, quand elles font la rencontre d’un homme bizarre, qui paraît les suivre depuis l’après-midi. Elles se retrouveront vite confrontées à ce psychopathe de la route, cascadeur et conducteur d’une vieille voiture noire.
La confrontation sera explosive et l’aventure continuera dans la deuxième partie du film, avec un second groupe de personnages.

Jungle Julia
Jungle Julia

Ambiance

Comme dans chaque Tarantino, l’atmosphère du film sera très marquée dès les premières minutes. Ne ressemblant à aucun autre de ses précédents films, le réalisateur a une nouvelle fois réussi le pari de proposer une nouvelle vision d’une Amérique qu’on a du mal à dater, une Amérique peuplée de personnages marginaux, vivant comme au cœur des années 70 et totalement uniques.
La différence, de taille, est que les héros sont des héroïnes, et que leur caractère n’a rien à envier à celui d’un Samuel L. Jackson, par exemple.
Tarantino a pris tout d’abord le soin de choisir des filles sexy et très à l’aise avec leurs corps, comme elles le prouveront tout au long du film.
Le film mettra en valeur et en avant à la fois des guerrières, des filles ultra sexy, et des héroïnes en puissance.
Pour rendre hommage aux films des années 70 (marque de fabrique de Tarantino, d’ailleurs souvent accusé de recycler plus que de rendre hommage), le réalisateur n’hésite pas à dater sa pellicule en incorporant des sauts de bande, en vieillissant l’image et les couleurs selon les moments du film.
La voiture du psychopathe semble tout droit sortie de cette époque (les références aux films et séries des 70’s seront d’ailleurs nombreuses), et son comportement laisse à penser qu’il est resté un peu coincé dans son adolescence.
Quoi qu’il en soit,et comme dans tous ses films, Tarantino aura réussi à instaurer une ambiance unique en l’espace de deux minutes et plongera le spectateur dans un univers particulier en moins de temps qu’il n’en faut pour s’installer sur un siège de cinéma.

Lee
Lee

Références

Tarantino, sans doute par nostalgie des films qui ont bercé sa jeunesse, adore rendre des hommages appuyés aux années 70. Il se tourne cette fois-ci à la fois vers les décennies 70 et 80 pour puiser son inspiration, puisqu’on remarquera des clins d’œil ou des emprunts à des films de cette période.
On reconnaîtra le style de poursuites interminables et un brin farfelues de Duel, avec le personnage du conducteur fou, obsédé par son but destructeur, sans pourtant de raison apparente.
On notera un emprunt au thème de Christine, avec le rapport ambigu entre l’homme et sa voiture. Le personnage de Kurt Russel, un peu attardé et maniaque, semble vouer un culte à sa voiture, qu’il considère d’ailleurs comme indestructible.
Le thème de Hitcher saute aux yeux, avec le premier dérapage du psychopathe de la route et ses actions tout au long du film.
On reconnaîtra aussi un emprunt évident à la série K2000. Non? Bon, d’accord.
En plus de cela, il y a inévitablement des références et des allusions à tous les films sortis uniquement aux Etats-Unis durant la jeunesse de Tarantino, et qu’un public européen ne peut donc pas saisir.

Le scénario est ce qui pourrait à la rigueur constituer le bémol du film.

En effet, ce Death proof  se limite à une histoire relativement simple de slasher road movie. Par conséquent, il n’y a pas à espérer du point de vue scénaristique plus que de découvrir un fou furieux s’en prendre à des victimes un peu frivoles, sans qu’on ne connaisse vraiment ses motivations.
Tarantino laisse le spectateur se faire à cette idée, jusqu’à la moitié du film, pour l’emmener progressivement vers une action de plus en plus débridée et des situations inattendues.
Toute la force du metteur en scène réside là, dans la surprise et le changement de cap, à tel point qu’on ne sait même plus vraiment, une fois parvenus dans le dernier tiers du film, de quel genre il s’agit.
Tout cela étant voulu et très bien amené, le long métrage est une parfaite réussite dans ce domaine. Même s’il ne s’agit pas d’une histoire alambiquée à la Jackie Brown ou d’histoires entremêlées à la Pulp fiction, le résultat reste à la hauteur de ce qu’on est en droit d’attendre de Tarantino.

Les dialogues

On retrouve le Tarantino qu’on aime pour ses répliques et ses tirades insensées. Le poème choisi par Jungle Julia pour inciter Butterfly à la lap dance est à l’image de ces dialogues.

En choisissant pour personnages principaux des femmes, Tarantino a également choisi d’étendre son registre et d’explorer de nouvelles pistes.
Le résultat est rapidement hilarant, Que ce soit par l’intermédiaire des vannes que se lancent les filles tout le long du film, des discussions de comptoir extravagantes, des défis délirants, on a droit à du pur Tarantino.
Et Dieu que c’est bon.

The woods are lovely, dark, and deep. And I have promises to keep. Miles to go before I sleep. Did you hear me, Butterfly? Miles to go, before you sleep.

What about « kinda cute, kinda hot, kinda sexy, hysterically funny, but not funny-looking guy who you could fuck » did you not understand?

La mise en scène

Si ce film est aussi réussi et original, c’est grâce à la manière dont il est mis en scène, brillante.
On pouvait presque craindre le pire au départ de l’action, au vu du thème choisi. On aurait même pu craindre un simple slasher, qui n’aurait rien eu à voir avec les aspirations du metteur en scène.
Tout le génie de Tarantino a justement été de faire croire à cela, pour mieux emmener progressivement le spectateur vers l’inconnu et le surprendre.
Le film, plaisant et amusant au départ, devient jouissif.

La bande son

Un mot sur la musique accompagnant les aventures de nos héroïnes, puisque c’est aussi la marque de fabrique de Tarantino. Comme à son habitude, il nous offre quelques beaux morceaux d’une musique purement américaine et très marquée années 70 / 80.

Les acteurs

Kurt Russel, même s’il n’était pas le premier choix, s’en sort avec les honneurs, héritant d’un rôle démesuré, mais tellement appréciable dans la carrière d’un acteur.
Tarantino voulait un acteur ayant marqué une époque et ayant tourné dans des films très représentatifs des années 80. Le héros de New York 1977 répondait donc parfaitement à ces critères, et tient parfaitement son rôle de méchant un peu dérangé.

Les actrices sont toutes à la hauteur de leurs rôles finalement plus épais qu’il n’y paraît au premier abord.
Mention spéciale à Sydney Tamiia Poitier, Rosario Dawon et à Tracie Thoms, qui crèvent l’écran.
Rose Mc Gowan est plus effacée, mais c’est sans doute la faute à son rôle, moins consistant.
A noter que les actrices intervenant dans la deuxième partie ont été légèrement favorisées, bénéficiant de l’emballement du scénario, qui leur a sans doute permis de se lâcher.

Tarantino himself tient un petit rôle dans la première partie du film, qui n’apporte toutefois rien de sensationnel…

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Un Tarantino sous-estimé, dont la sortie en France avait été annoncée de manière catastrophique, mais qui mérite largement le détour.

A noter que la version blu-ray, si elle présente une très belle image, propose un son en DTS-HD en version française et un simple Dolby Digital en version originale. Incompréhensible! Qui peut sérieusement regarder un Tarantino en version française?

Acheter le Blu-Ray



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5 réflexions au sujet de « Death Proof »

  1. Un des films les plus aboutis de Quentin Tarantino. Beaucoup moins jouissif peut-être, beaucoup plus âpre, mais parfaitement écrit, et très bien mis en scène. Un hommage aux films d’exploitation.

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