Le Secret de Brokeback Mountain

Rodéo amoureux

Le secret de Brokeback Moutain fait partie de ces films inclassables, aussi bien de par leur genre que de par leur qualité hors du commun. Ce long-métrage s’apparente donc plus à un chef d’œuvre qu’à un western sentimental.

Réalisé par Ang Lee, on retrouve dans les deux rôles principaux Jack Gyllenhaal et Heath Ledger.

Deux jeunes cow-boys sans le sou sont recrutés pour garder un troupeau de moutons en montagne jusqu’à la période de transhumance. Les deux mâles s’apprivoisent petit à petit, jusqu’à se rendre brutalement compte qu’ils sont attirés l’un par l’autre. N’ayant pas encore goûté à ces plaisirs interdits, le début de leur relation est particulier, Jack semblant mieux assumer sa préférence qu’ Ennis. A la fin de leur contrat, les deux tourtereaux repartent chacun de leur côté, visiblement tentés d’occulter leur idylle pour retourner à une vie plus traditionnelle. Ils épousent une femme chacun de leur côté, conçoivent des enfants…mais se revoient quatre ans après et leur histoire recommence.

Le thème de l’homosexualité est couramment traité au cinéma, mais il est plus fréquent de croiser la route de gentils homosexuels un peu extravagants au détour d’une comédie. Une façon de traiter le sujet de manière légère et de ne faire que l’effleurer.

L’autre genre prisé pour parler homosexualité chez les américains reste le drame, voire le mélo.

Il est donc rare de traiter des amours homesexuelles comme des amours hétérosexuelles.

Il n’y a qu’en France que le thème est parfois abordé de front, même si le ton est souvent sombre ou pessimiste.

Quand Lynch traite le sujet de manière ambiguë, torturée (Muhlloland Drive), Ang Lee choisit la voie traditionnelle et nous livre un drame romantique à la sauce western, pour corser le tout. Car ce film est avant-tout une histoire d’amour, et on ne dévie jamais de ce thème. Ici, pas d’histoire écran pour éviter d’aborder le sujet de front, pas de drame larmoyant pour accompagner le tout, on nous raconte l’histoire de deux hommes épris l’un de l’autre dans un contexte difficile.

 

Non, je ne raserai pas ma moustache juste pour te faire plaisir!
Non, je ne raserai pas ma moustache juste pour te faire plaisir!

L’action se situe dans le Wyoming en 1963 et s’étend à travers les années 70. On se trouve donc immergés au cœur d’une Amérique rurale, traditionaliste voire réactionnaire, où les mentalités sont étriquées et les hommes rudes et violents. 
Les scénaristes ont choisi deux personnages principaux différents l’un de l’autre, faisant de Jack l’homme sensible, prêt à faire face à l’adversité et à vivre pleinement son histoire d’amour, et faisant d’Ennis le cow-boy renfermé, solitaire et trop ancré dans les traditions pour risquer de dévier du chemin.

Le film est construit à la manière d’une comédie romantique atypique, puisqu’on comprend dès le départ que cette histoire d’amour est impossible, romantique, presque désespérée.
La force de l’opus réside dans la finesse et le réalisme du scénario. On évite les clichés gays, on heurte de plein fouet les valeurs traditionnelles américaines, et l’on montre deux hommes virils, forts et sûrs d’eux en apparence. 
La façade virile s’effrite peu à peu tout au long du film, et les deux hommes, qui croient pendant longtemps contrôler leurs émotions et le cours de leur vie vont finir par se rendre à l’évidence et par comprendre que leurs sentiments les guideront et qu’ils n’ont finalement que peu d’emprise sur le cours de leur vie.

Ang Lee parvient sinon à révolutionner le genre, à dynamiter un peu les vieux mythes du western, et à nous proposer un film intelligent, gay-friendly plus que revendicateur, mais terriblement efficace.

 

Ang Lee a choisi les décors montagneux du Wyoming pour situer son action, et nous offre un cadre magistral, propice à la capture d’images de toute beauté.
Ce choix est parfaitement adapté à l’histoire, la nature sauvage s’alliant très bien aux étreintes viriles des deux cow-boys. Il se dégage une certaine force de cette nature, qui décuple l’intensité de l’histoire entre les deux hommes. 
Le directeur de la photo a su parfaitement capturer cette nature sauvage pour un rendu époustouflant sur grand écran.

 

Ang Lee nous livre un film plein de finesse, une émotion intacte et une vraie histoire d’amour. Il réussit à emmener le spectateur au cœur de cette love story au masculin, le rendant à la fois témoin et victime par procuration du drame vécu par les héros. 
Sa mise en scène est épurée, hormis les images d’une beauté à couper le souffle, on n’est pas confrontés à la grandiloquence de ses précédents opus. Ang Lee adopte un style presque minimaliste pour laisser toute la place à l’émotion que se chargent d’exprimer les acteurs.
Mais Ang Lee sait aussi prendre le taureau par les cornes et nous pousse à une réflexion intelligente et nécessaire sur le problème de l’homosexualité et de la tolérance dans une société rurale et traditionnelle qui n’est peut-être finalement pas si éloignée que ça de la société du 21e siècle…
Sa réalisation est magistrale, on Lee dans ce film toute la passion et toute l’émotion que le metteur en scène a voulu faire passer. 
Il semble s’être débarrassé des défauts d’un Tigres et dragons pesant, tout en lenteur et en mièvrerie, pour atteindre un rythme adéquat à ce genre de films. On peut même s’étonner de vivre une histoire d’amour aussi poignante et réaliste après avoir traversé la platitude de celle de Tigres et Dragons.
On pense déceler une longueur sur la toute fin, on craint le quart d’heure de trop, mais l’on se rend finalement compte que c’est ce qui fait la force de la conclusion au moment où le film s’achève. 
Lee a su trouver le rythme parfait, mêlant habilement les genres et dosant intelligemment les émotions à chacune des étapes du film.

 

Les acteurs sont quant à eux d’une justesse irréprochable dans leur interprétation. 
Jack Gyllenhaal est parfait dans son rôle de cow-boy viril mais sensible, prêt à s’engager dans une voie contraire aux mœurs et rattrapé par les valeurs de la société à laquelle il appartient. Il sait jouer de son charme, montrer différentes facettes de son jeu et il se hisse tout-à-fait à la hauteur du challenge, rendant très crédible ce personnage pourtant complexe et sur le fil.

Heath Ledger est quant à lui phénoménal. Incarnant à la perfection le cow-boy taciturne, renfermé, solitaire et presque renfrogné, il livre ici sans doute la plus belle prestation de sa carrière. Nul doute qu’on le retrouvera en tête d’affiche très prochainement. (NDA: cette critique a été écrite en 2006, soit avant la sortie de The Dark Knight).

Michele Williams incarne l’épouse d’Ennis avec justesse, une femme jonglant difficilement entre sa vie professionnelle et familiale, mais son rôle ne lui offre pas la possibilité de montrer toute l’étendue de son talent.

Anne Hathaway incarne parfaitement la femme sexy et arriviste de Jack, mais son rôle secondaire ne lui permet pas non plus de s’exprimer totalement.

Enfin Linda Cardellini a un rôle trop mineur pour lui permettre de montrer autre chose que son joli minois.

 

Anne Hathaway, avant de découvrir Prada
Anne Hathaway, avant de découvrir Prada

La bande-son, simple et mélancolique, est magnifique.

 

Le secret de Brokeback Moutain mérite d’être dévoilé.
Pour mémoire, le film avait obtenu le Lion d’or à Venise et trois oscars.

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7 réflexions au sujet de « Le Secret de Brokeback Mountain »

  1. très chouette film en effet, d’un très bon réalisateur !
    le meilleur film « grand public » sur une histoire d’amour homosexuelle, comme tu dis loin des clichés débiles par exemple…

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