OSS 117, Le Caire, Nid d’Espions

En 2006, Jean Dujardin était déjà devenu un acteur bankable, après le succès aussi tonitruant qu’incompréhensible de Brice de Nice un an auparavant,

Si on pouvait donc craindre le bon gros nanar à la Agent Double 0 pour le retour de l’agent OSS117, qui, rappelons-le, est sorti tout droit d’une franchise de film français des années 60, c’était sans compter sur le talent de Michel Hazanavicius. Car l’agent OSS117, né de l’imagination de l’écrivain Jean Bruce (de Nice), a vu ses aventures adaptées au grand écran entre 1956 et 1970, pour des films d’espionnage venus concurrencer le plus connu agent 007 alias James Bond, à l’époque incarné par un certain Sean Connery.
Ressortir des placards cet agent secret de l’époque de René Coty et en faire le héros d’une comédie paraissait pour le moins risqué.

Edit: rappel: cette critique a été rédigée en 2006, bien avant The Artist et le sacre du trio Hazavicius / Dujardin / Béjo. 

Hubert Bonnisseur de la Bath, alias agent OSS117, est envoyé en Egypte, au Caire, pour faire régner l’ordre dans une partie du monde colonisé qui semble peu à peu sombrer dans le chaos.
L’agent OSS117, voyageant sous l’identité d’un entrepreneur français, se retrouve au beau milieu d’un monde peuplé d’intrigues, et de personnages énigmatiques et aux desseins obscurs. Fanatiques religieux en quête de pouvoir, rois et princesses du Moyen-Orient déchus, Anglais, Soviétiques, nazis revanchards, tout une ribambelle de personnages qui essaie de se manipuler les uns les autres.
Largué au milieu de ces personnages, Hubert Bonnisseur de la Bath n’aura pas assez de son assurance, de son sentiment de supériorité conféré par son appartenance au peuple colonisateur, de son sens particulier de la diplomatie, de son charme et de son machisme avéré pour se sortir de situations aussi cocasses qu’inextricables.

Le film commence à peu près comme un vieux James Bond en technicolor des années 60 avec Sean Connery.

On découvre un héros gominé, sûr de lui, à l’allure distinguée et au charme viril, planté au beau milieu de décors exotiques, à la fin de l’époque colonialiste.
Ce sont les répliques absurdes, la gestuelle exagérée des personnages et notamment de Dujardin, les situations d’emblée exagérées qui nous rappellent rapidement qu’on est dans une comédie, et non dans un film d’espionnage classique.
S’inspirant directement de l’esprit des James Bond de cette époque, et de quelques films comme Le Magnifique avec Jean-Paul Belmondo, l’ambiance recrée par le film est la première vraie réussite.

oss117 dujardin wildgunslinger

Les gags, pourtant pas très fins, sont amenés de manière intelligente et l’on se retrouve embarqués dans une parodie déjantée des films d’espionnage en quelques minutes seulement, une fois le temps d’adaptation passé.

Plusieurs genres sont mélangés, procurant au spectateur une impression de diversité, et au film un rythme et un ton original.
Bien loin d’un Austin Powers, même si le premier de la série était une bonne grosse pochade parodiant relativement bien les vieux James Bond, OSS117 version Dujardin est une excellente comédie d’action, mêlant à la fois le genre parodique à la Y-a-t-il un pilote dans l’avion ? et l’humour décalé dans l’esprit des parodies des Nuls.

Le scénario, qui n’est là a priori que pour mettre en valeur le personnage de OSS117 et par substitution en exergue le potentiel comique de Dujardin, se révèle intelligent.

Car c’est en même temps l’occasion pour le scénariste, Jean-François Halin, de mettre en avant des thèmes très actuels (cf.2006).
Le machisme, le racisme, l’homophobie, le fanatisme religieux, présents à l’époque de René Coty, sont en effet transposables à notre époque (2006, ndla) et l’esprit colonialiste français a sans doute laissé des traces plus profondes qu’on ne pourrait le penser dans la culture du peuple français.
Cet aspect est très bien amené par le scénariste, qui parvient à nous faire rire d’un héros doté de telles idées, et qui concentre à lui seul tous les défauts évoqués ci-dessus.
C’est amusant de parvenir à faire rire le public avec un héros raciste qui se fait prendre à son propre piège par les gens qu’il estime naturellement inférieurs à lui, ou par les femmes qui lui dictent sa conduite et lui soufflent les idées qu’il n’est pas capable d’avoir.

L’éclosion de ces thèmes de société n’est peut-être plus si surprenante quand on sait que le scénariste, Jean-François Halin, a entre autres travaillé sur les émissions Nulle Part Ailleurs, 7 jours au Groland, ou encore Les guignols de l’infos…

Quant au réalisateur, Michel Hazanavicius, sa collaboration avec Les Nuls semble avoir laissé des traces.
On retrouve également l’esprit d’un film comme Le grand détournement, parodie de films mettant en scène les plus grands acteurs américains et détournant les dialogues.
Hazanavicius a en effet réalisé ce film, ainsi que Derrick contre Superman.
C’est sans doute pour cette raison que OSS117 tire toute sa force de ses dialogues, de ses situations cocasses et de son humour décalé.

Le film est très drôle et si l’habileté du scénario et l’angle choisi par le réalisateur y sont sans doute pour beaucoup, la prestation de Jean Dujardin est sans doute l’élément moteur de cette comédie.
Le choix de Dujardin s’avère en effet excellent.
L’acteur a visiblement opté pour une caricature à peine déguisée de Sean Connery dans son rôle de 007, en empruntant une démarche classe, distinguée, en endossant un smoking élégant, en arborant une coiffure gominée à la perfection et une assurance démesurée.
Très à l’aise dans son costume d’agent secret, Dujardin use et abuse des haussements de sourcils qui ont fait la renommée de Sean Connery. Il lève le sourcil à chaque plan, fronce les mêmes sourcils pour prendre un air inquiet et parvient à nous faire sourire à chaque mimique.
Jean Dujardin parvient ici à nous fait rire avec une facilité presque déconcertante.
Empruntant un style à la Clark Gable quand son visage est orné d’une fine moustache et d’un sourire, le flegme et la classe de Connery, le dynamisme et le charisme de Belmondo à sa grande époque, Dujardin parvient à composer un personnage réellement attachant et au charme très particulier en incarnant à sa manière ce OSS117.

Dujardin était probablement le seul acteur en France à pouvoir endosser le rôle du héros viril, beau gosse et charismatique, tout en conservant un côté très franchouillard.

Son potentiel comique indéniable, malgré le faux-pas esquissé avec Brice de Nice, allié à une présence indiscutable à l’écran font de lui l’incarnation parfaite de ce 007 à la française, version neuneu.

Aure Atika joue la première Bonnisseur de la Bath girl, en incarnant une méchante princesse sexy et venimeuse, qui essaie de rouler OSS117, sans pouvoir résister à son charme.  Aure Atika campe à merveille la femme fatale et manipulatrice.

Bérénice Béjo, révélation de Meilleur espoir féminin et dans vue par la suite dans Chevalier notamment, incarne à merveille une jolie brune aux yeux marron, comme le remarquera judicieusement OSS117.

oss117 wildgunslinger

Ce OSS117 s’avère être un excellent film parodique, dans l’esprit des Nuls, avec des dialogues hilarants, un esprit très second degré et décalé réussis, et un Dujardin au top de sa forme.

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2 réflexions au sujet de « OSS 117, Le Caire, Nid d’Espions »

  1. Je ne l’ai pas vu, je ne suis pas tentée malgré la richesse de ta critique. Il n’y a que Bérénice Béjo que je retiens dans ce casting … Bonne idée, cette catégorie de « critiques vintage », ça te permet éventuellement de l’enrichir à la lumière actuelle.

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