Critique: Grand Central

Grand Central est ce genre de film intriguant et prometteur, dont la forme, le sujet et le casting pouvaient laisser espérer le meilleur.

Rebecca Zlotowski, réalisatrice de Belle-Epine, retrouve Léa Seydoux et complète son casting avec Tahar Rahim, Olivier Gourmet et Denis Ménochet (interprète de Perrier Lapadite dans la scène d’introduction d’Inglorious Basterds).

Gary est un jeune homme un peu perdu, alternant les petits boulots, jusqu’au jour où on lui propose de travailler dans une centrale nucléaire. Sans aucune formation dans le domaine, alerté de la difficulté et surtout des risques liés à cet environnement, il va pourtant accepter sans sourciller cette opportunité. Il intégrera alors immédiatement la communauté de travailleurs, vivant regroupée dans un camping à proximité de la centrale. Gary débute tout aussi rapidement une liaison avec la fiancée d’un de ses collègues.

Fous ta cagoule
Fous ta cagoule

Grand Central est un film à la forme particulière, ayant pour ambition de traiter de l’amour dans un cadre atypique, supposé ajouter une tension dramatique à l’ensemble. La communauté formée par les travailleurs de la centrale permettant également de donner une couleur sociale au propos.

Pourtant, le film ne parviendra qu’à effleurer chacun de ces thèmes, de manière parfois bien maladroite.

Le scénario est construit de telle manière que les événements s’enchaînent rapidement et qu’on découvre les personnalités des protagonistes de façon brute et directe.

Le procédé aurait pu fonctionner si de nombreuses incohérences et facilités ne s’étaient pas invitées à la fête.

Dès la scène d’introduction, l’histoire semble vouloir prendre ses distances avec le spectateur, en créant une amitié improbable entre Gary et un jeune homme qui lui dérobe son portefeuille dans un train. Les deux hommes se volent mutuellement, s’insultent et la scène suivante, ils sont les meilleurs amis du monde et se font confiance.

La seconde rencontre marquante de Gary sera celle avec Karole, qui ne trouve rien de mieux à faire que de l’embrasser devant tout le monde en guise de présentation. Cette scène, aussi improbable qu’incohérente, marque même le point de départ d’une histoire d’amour.

La première moitié du film échoue à présenter les enjeux, le parcours de Gary à la centrale n’étant pas des plus passionnants. L’enchaînement des scènes au cours desquelles les nouveaux employés sont confrontés aux dangers de l’usine est trop mécanique, trop froid et clinique pour laisser filtrer une quelconque émotion ou une tension véritable. Le procédé crée même comme une curieuse sensation de documentaire légèrement scénarisé…

Parallèlement à cette immersion dans l’univers de la centrale, le spectateur découvre une communauté de travailleurs qu’on nous présente comme itinérante, mais dont on a pourtant l’impression qu’elle est ancrée depuis plusieurs mois au même endroit.

Le côté social de l’histoire se résumera à deux ou trois discours plutôt improbables et qui tombent comme un  cheveu sur la soupe, prononcés par Olivier Gourmet, ou à des oppositions balourdes entre certains employés.

L’histoire d’amour entre Gary et Karole est animale et ressemble bien plus à la multiplication de rapports sexuels dénués de romantisme qu’aux prémisses d’une véritable relation amoureuse.

Les deux personnages ne se parlent que très peu, Rebecca Zlotowski se bornant à filmer le corps nu de Léa Seydoux de façon brute et à mettre en scène des rendez-vous débouchant uniquement sur des rapports sexuels.

C’est doux

Le principe n’aurait pas été gênant, si on ne nous avait pas forcés par la suite à croire à un sentiment amoureux entre les deux personnages. Faut-il comprendre que l’amour entre deux ouvriers ne peut se résumer qu’à des rapports charnels et qu’ils ne sont pas capables de grands sentiments ?

A cette histoire d’amour bancale s’ajoute le fait que le personnage de Gary manque de cohérence. Présenté par sa sœur au début du film comme un homme sans cœur et qui n’aurait jamais été amoureux, il est difficile de croire qu’il puisse s’attacher à une femme dans ce contexte, d’autant qu’on ne retient de leur relation que le côté sexuel.

Plus difficile encore de croire qu’il puisse aller jusqu’à mettre sa propre vie en danger à la centrale pour cette femme, prête à se marier avec un autre et avec laquelle il ne semble partager que des relations physiques, répétons-le.

On tiquera également sur la facilité avec laquelle Gary parvient à se dérober au système de surveillance d’exposition à la radioactivité.

Grand Central est donc un fil maladroit, qui manque de finesse dans son propos, qui ne parvient qu’à effleurer les thèmes qu’il voudrait traiter et que sa bande sonore grinçante n’aide pas à apprécier.

L’ensemble est plat, les tentatives de fin de parcours pour faire en sorte que l’histoire s’emballe ne prennent pas, ne faisant qu’ajouter de la confusion à un scénario plutôt pauvre. Comme ces conciliabules incompréhensibles entre Tony et Karole dans le dernier tiers, qui n’apportent rien d’autre à l’intrigue qu’une tentative visible mais vaine pour rendre l’histoire plus dense.

Il n’y a pourtant rien à reprocher aux acteurs.

Léa Seydoux parvient à rendre son personnage magnétique et sensuel avec talent.

Tahar Rahim, quant à lui, incarne un héros taciturne avec sobriété, malgré un mutisme qui a tendance à devenir un peu trop habituel dans ses interprétations.

Les acteurs, y compris Denis Ménochet, font ce qu’ils peuvent avec des personnages qui manquent cruellement de relief.

La scénariste Gaëlle Macé est sans doute passée à côté de son sujet, tout comme la réalisatrice Rebecca Zlotowski, qui échoue dans sa tentative de dépeindre une histoire d’amour sur fond social.

Aussitôt vu, aussitôt oublié.

Note du film : 3/10

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4 réflexions au sujet de « Critique: Grand Central »

  1. Denis Ménochet très bon, Gourmet et Rahim se montrent à l’aise dans leurs registres respectifs . Seydoux, pas mal, mais flirte dangereusement avec le « cotillardisme ». Tous les reproches faits au film sont justes. On en vient même à regretter que le film ne fut pas plus « loachien » histoire de lui faire hausser le ton. Hélas Rebecca Zlotowski préfère se contenter d’un mélodrame au fil de l’onde (et des ondes) en pensant à Renoir mais sans jamais en atteindre le talent.

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