Critique: Pain and Gain

Avec Pain & Gain, Michael Bay délaisse le temps d’un film l’univers des Transformers et les budgets pharaoniques. Armé d’un budget de 26 millions de dollars seulement, le réalisateur américain s’empare d’un fait divers de 1995, ayant défrayé la chronique à Miami, relaté au travers de plusieurs articles de presse par le journaliste Pete Collins. 

Une fois n’est pas coutume, Michael Bay s’inspire donc d’une histoire vraie pour mettre en scène des body-builders repris de justice attirés par l’argent et qui décident de kidnapper un homme riche pour lui extorquer ses titres de propriétés.

Notre joyeuse bande d’apprentis criminels, composée de Paul, joué par l’acteur préféré de Sabrina (Dwayne Johnson), Adrian (joué par Adrian Doorbal) et Sorina, une strip-teaseuse (Bar Paly) devra alors faire face à de nombreux aléas et obstacles, au fur et à mesure de la progression de leur entreprise

Ce petit monde croisera également la route d’Ed Dubois, détective privé plus ou moins retraité (Ed Harris).

Bien loin des sujets d’ordinaire traités par le réalisateur, le film, sous couvert d’un humour caustique (on oublie les pochades de Transformers 3), porte un regard parfois féroce sur les valeurs américaines. Les notions de réussite, de gloire et de richesses, véhiculées dans l’inconscient populaire américain, constitueront le fil conducteur du film.

Daniel Lugo, le personnage interprété par Mark Wahlberg est un repris de justice, coach sportif et culturiste, à l’éducation limitée et aux capacités intellectuelles manifestement assez éloignées de celles d’un génie. Pourtant animé d’une farouche volonté de réussir, de mener la grande vie, il n’hésite pas à se fixer des objectifs plus élevés que ceux auxquels il devrait pouvoir prétendre. Le discours arrogant de l’un de ses clients, Victor Kershaw (joué par l’interprète de Monk, Tony Shalhoub) à la salle de sport lui donne envie de commettre l’irréparable. Daniel passe ainsi en quelques étapes du travailleur motivé et ambitieux, qui n’hésite pas à suivre des séminaires pour se motiver à créer une entreprise, au criminel aveuglé par l’appât du gain.

Si le cheminement de ce personnage peut paraître au premier abord plutôt rapide, il sert en définitive justement à illustrer ce besoin de se hisser au sommet, d’accéder à la richesse très vite, quel que soit le coût (ou la peine).

Véritable brûlot sous le soleil de Miami, Pain and Gain illustre à merveille les travers d’un système qui pousse à utiliser tous les moyens à sa disposition pour s’enrichir.

Relatant des faits qui se sont déroulés en 1995, le scénario n’en est pourtant pas moins toujours d’actualité.

Michael Bay démontre ainsi qu’on peut fabriquer un très bon film entraînant une véritable réflexion à partir d’un article de presse et d’un fait divers, contrairement à ce que Sofia Coppola et The Bling Ring avaient pu nous faire penser.

Les personnages complétant l’équipe de Daniel Lugo apportent une dose d’originalité. A commencer par Paul, culturiste et ancien drogué trop gentil, sans cesse tiraillé entre ses valeurs chrétiennes et les méfaits auxquels il participe pourtant activement.

Adrian, quant à lui, se laisse complètement emporter par la folie de l’entreprise et semble perdre le sens des réalités.

Viens voir le docteur
Viens voir le docteur

Michael Bay n’hésite pas à jouer sur les clichés (argent, culte du corps, stéroïdes, cocaïne) pour livrer un cocktail explosif, mêlant habilement violence, humour et tension.

Comme il l’avait déjà tenté avec le mal-aimé The Island, Michael Bay prouve qu’il peut mettre son film au service d’un vrai sujet, tout en pensant toujours à divertir son public.

Pain and Gain porte la marque de Michael Bay, indéniablement. La mise en scène, très stylisée, la photographie, magnifique, la lumière de Miami, superbement captée, font de ce long-métrage un film très agréable à l’œil.

Le réalisateur américain s’amuse toujours autant quand il s’agit de l’action, multipliant les angles improbables, les effets, les ralentis et les changements de rythme.

Si Michael Bay avait déjà démontré son sens de la mise en scène, ici, il enfonce le clou.

Le film s’appuie beaucoup sur le numéro de Mark Whalberg, totalement investi dans son rôle. Si l’acteur en fait parfois beaucoup, sa prestation reste cohérente avec l’évolution de son personnage, qui glisse petit à petit vers la démesure. On retrouvera d’ailleurs l’acteur dans le prochain film de Michael Bay, Transformers 4.

Dwayne Johnson, pas dépaysé en tournant dans sa ville natale et en se glissant dans la peau d’un culturiste, malgré quelques grimaces et quelques expressions un peu caricaturales, s’en sort très bien, rendant son personnage à la fois attachant et très humain.

A noter la belle présence d’Ed Harris, 17 ans après sa précédente collaboration avec Bay (The Rock).

Tony Shalhoub est parfait dans le rôle pourtant compliqué de l’otage.

Si Pain and Gain peut sembler faire figure d’exception dans la filmographie de son réalisateur, il en porte néanmoins indéniablement la marque, grâce à une réalisation toujours aussi maîtrisée, inventive et nerveuse.

Le réalisateur américain, d’ordinaire cloué au pilori par la critique en raison de son habituelle volonté d’offrir du pur divertissement à son public, sera-t-il enfin réhabilité ?

Pain and Gain est un film très réussi, drôle, habilement construit et soutenu par des thèmes de société. Le tout est mis en scène de façon brillante, notamment en ce qui concerne l’action.

Note du film : 7,5/10

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