Critique: Gibraltar

Gibraltar, réalisé par Julien Leclercq, s’inspire de l’histoire vraie de Marc Fiévet (renommé Duval dans le film), indicateur pour les douanes françaises à la fin des années 80.

Gilles Lellouche interprète Duval, père de famille luttant pour rembourser ses prêts à Gibraltar, pour son bateau et son bar. Il est alors introduit auprès d’un fonctionnaire des douanes, Redjani, joué par Tahar Rahim, qui lui propose de devenir aviseur, autrement dit indicateur pour les douanes françaises, en prêtant une oreille indiscrète aux propos tenus par les narco-trafiquants de passage au bar, contre rémunération. Très vite, les douanes proposeront à Duval de participer à un trafic sous couverture.

Gibraltar n’est pas un film réussi. Si le sujet était alléchant, le cadre original et le casting prometteur, le résultat ne sera pourtant pas à la hauteur.

La faute sans doute au scénario d’Abdel Raouf Dafri (Mesrine, Un prophète, Braquo), qui ne parvient pas à dessiner des personnages forts et qui crée un enchaînement de situations beaucoup trop rapide dans la première partie du film.

L’évolution des personnages est ratée. Au début du film, Marc Duval semble rongé par les dettes, mais quand il en parle à son épouse, celle-ci ne paraît pas du tout vivre la même situation que lui. Dès lors, on ne comprend pas vraiment pourquoi il se laisse aussi vite entraîner dans cette spirale infernale. Pourquoi ne vend-il pas son bateau par exemple, s’il ne peut pas assumer ses crédits ?

"Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est qu'elles pensent qu'on va leur jeter des sardines." Eric Cantona
« Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Eric Cantona

Le personnage de son épouse passe d’une opposition à l’engagement de son mari à une résignation et une soumission trop soudaines, sans jamais être un contrepoids suffisant.

Redjani, campé par un Tahar Rahim un peu lisse et encore une fois trop silencieux, ne dégage pas assez de charisme ou de force pour intéresser. Son personnage semble même rapidement perdu dans l’imbroglio de ses supérieurs et dépassé par les évènements.

Le personnage de la sœur de Marc Duval subit sans doute la pire évolution du film, en faisant un choix sentimental aussi étrange que soudain.

Plusieurs scènes du film amènent le spectateur à rire, sans trop savoir toutefois si c’était le but recherché du cinéaste ou du scénariste.

Quand bien même le scénario est basé sur des faits réels, la construction du film ne rend pas l’ensemble suffisamment crédible. On ne comprend jamais vraiment pourquoi Duval s’enfonce dans cette situation. Présenté comme un personnage plutôt humble, on ne parviendra jamais à savoir à quel moment l’appât du gain devient un facteur pour lui…ou si ce n’est pas le cas.

Heureusement, le dernier tiers du film se révèle quelque peu saisissant et on comprend enfin exactement où Julien Leclercq et Abdel Raouf Dafri voulaient en venir et surtout ce qu’ils voulaient dénoncer.

Ce sera malheureusement un peu trop tard, l’ennui et la perplexité ayant déjà gagné le spectateur.

On reconnaît l’inspiration de Donnie Brasco, sans qu’on ne ressente pour autant le même impact. N’est pas Mike Newell qui veut…

Julien Leclerq, malgré quelques beaux plans aériens de Gibraltar, ne parvient pas à instaurer la tension nécessaire à son long-métrage, ni à nous faire croire à des personnages plutôt mal écrits.

Tahar Rahim n’est clairement pas à la hauteur de son interprétation d’Un Prophète.

Gilles Lellouche semble faire ce qu’il peut avec un personnage dont on a trop de mal à saisir les motivations et à comprendre l’évolution. L’acteur réussit tout de même à créer une empathie, en jouant un monsieur tout le monde touchant.

Note du film : 4/10

Ne cliquez sur le lien suivant que si vous avez déjà vu le film ou que vous connaissez la conclusion de l’histoire.

 

Marc Fiével, en 2013

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3 réflexions au sujet de « Critique: Gibraltar »

  1. ce film avait l’air chiant. tu sembles confirmer cette tendance.
    si seulement il avait été ridicule comme le Truands de Schoendorffer, en son temps, je me serais laissé tenter ! Mais si c’est même pas marrant à écouter… je laisse tomber !

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