Critique: Ma Vie Avec Liberace

Steven Soderbergh, futur retraité du cinéma, propose des films de plus en plus réussis, le point d’orgue, après Effets secondaires, étant atteint ici avec Ma Vie Avec Liberace , mauvaise traduction de Behind the candelabra.

Diffusé à la télévision américaine sur la chaîne HBO, le film aura pourtant les honneurs d’une sortie en France, après avoir fait le tour de plusieurs festivals.

Soderbergh se livre ici à l’exercice compliqué (et souvent ennuyeux) du biopic du pianiste Liberace, en prenant soin toutefois de choisir l’angle de sa vie amoureuse pour montrer l’envers du décor. La découverte de l’univers de Liberace se fera en réalité à travers les yeux de Scott Thorson, qui deviendra à la fois son employé et son amant l’espace de quelques années.

Le casting réunit des habitués de l’univers de Soderbergh : Michael Douglas et Matt Damon, utilisés toutefois à contre-emploi et de manière très habile.

L’incursion dans l’univers de Liberace se fera donc de manière plutôt subtile et progressive, le personnage de Scott Thorson servant de point d’entrée et son parcours de fil conducteur pour le scénario.

Soderbergh parvient miraculeusement à allier extravagance et sobriété dans un long-métrage pas du tout estampillé téléfilm, comme sa diffusion sur HBO aurait pu le laisser craindre.

Les décors de la maison du pianiste sont extrêmement bien reconstitués, de la même façon que les tenues des deux personnages principaux, comme en témoigne cette vidéo de l’entrée en scène du véritable Liberace à la cérémonie des Oscars 1982, évoquée dans le film.

La manière de traiter l’histoire du pianiste, en ne l’abordant intelligemment qu’à travers le prisme de sa vie amoureuse, permet de ne pas s’appesantir sur des événements particuliers de sa carrière et apporte un côté léger et parfois humoristique à l’entreprise, toujours plaisants.

Le résultat ne sera jamais vraiment kitsch à l’écran, alors que l’époque (le film débute à la fin des années 70), le cadre et les personnages auraient pu déboucher sur cet écueil.

De la même manière, le jeu des acteurs est admirable, Douglas et Damon évitant consciencieusement les pièges de ce genre de personnages.

Sans doute bien dirigés par un Soderbergh toujours efficace dans ce domaine, les deux acteurs parviennent à donner vie à des personnages crédibles, malgré leur style plutôt exubérant.

Michael Douglas campe à la perfection un homme à la fois efféminé et de caractère. Il donne à Liberace une aura perceptible et parvient à le rendre très touchant.

Douglas évite le surjeu avec grâce. Le timbre de voix particulier de l’acteur colle en outre parfaitement avec les intonations de celle du pianiste.

Matt Damon, quant à lui, à des années lumière de ses rôles de Bourne ou d’Elysium, joue à merveille un personnage beaucoup plus réservé mais attendrissant. Faisant preuve d’une finesse exemplaire, l’acteur parvient à être crédible, même en speedo.

Création Soderbergh, collection été 2014
Création Soderbergh, collection été 2014

Ce film est également l’occasion pour Soderbergh d’évoquer le thème de l’homosexualité à travers les décennies 70 et 80, d’une manière subtile mais suffisamment évocatrice.

Promis, je n'ai pas touché tes jolis pop-corn...
Promis, je n’ai pas touché tes jolis pop-corn…

Ma vie avec Liberace est donc une belle réussite, une plongée magique dans le strass et l’excentricité d’un personnage atypique, dont on parviendra à découvrir différents aspects de sa personnalité, grâce à un scénario intelligent.

Note du film : 7,5/10

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17 réflexions au sujet de « Critique: Ma Vie Avec Liberace »

  1. C’est selon moi une bonne idée que de ne calquer le style des ’70s, j’ignore comment tu t’es procuré l’extrait original mais ça ne donne pas trop envie alors tant mieux si le film est plus subtil!

  2. Bien que je n’aie pas grand chose de concret à reprocher au film, je dois avouer que je ne suis jamais rentré dedans. Les acteurs sont bons (Douglas peut-être un peu excessif dans le jeu par moments) mais je trouve le scénario plat et à titre personnel, l’histoire ne m’a pas du tout intéressé. Du coup je me suis pas mal ennuyé.

    1. Justement je trouve que Douglas ne fait pas l’erreur de Sean Penn dans Milk en ne jouant pas une folle de manière excessive.
      Pour le reste, c’est effectivement subjectif. Pour ma part, je suis complètement entré dans l’histoire et l’univers.

  3. Malgré ta critique élogieuse, toujours pas motivée pour découvrir le film, d’aspect sans doute trop kitschissime pour moi, et dont le pitch m’inspire peu. Et puis, pas méga fan des deux comédiens, non plus, alors… A l’occasion, pourquoi pas.

  4. Je pense que je serai complètement passé à côté de ce film s’il n’y avait pas eu l’excellent article de Vanity Fair sur Michael Douglas ! Maintenant j’ai vraiment envie de voir ça ! 😀

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