Critique 9 mois ferme: 1h22 ferme!

Pour son cinquième long-métrage, Albert Dupontel, génial créateur de Bernie mais aussi responsable du calamiteux Enfermés Dehors, propose une comédie on ne peut plus balisée avec 9 mois ferme, dans laquelle il partage l’affiche avec Sandrine Kiberlain.

Mais qu’est-il arrivé à Albert Dupontel? Comment un auteur capable de manier le cynisme, l’ironie et la férocité humoristique avec talent peut-il se transformer en sous Dany Boon franchouillard et frileux? Certains acteurs choisissent des rôles pour que les films plaisent à leurs enfants, Dupontel a manifestement pensé aux membres de sa famille les plus âgés en écrivant ce script.

La mauvaise farce commence par un scénario complètement décousu, alternant les situations improbables se voulant cocasses de façon malheureuse. le résultat se concrétisant par une triste consternation en lieu et place de l’amusement.

La présentation et la construction des personnages principaux participent de la même logique, ceux-ci ressemblant davantage à des personnages de mauvaises bande-dessinées…

Sandrine Kiberlain fait pourtant ce qu’elle peut avec un personnage stéréotypé de façon outrancière et sauve de justesse le film du naufrage complet.

Coup de téléphone de S. Kiberlain à son agent après le visionnage du film monté
Coup de téléphone de S. Kiberlain à son agent après le visionnage du film monté

Les incohérences se multiplient au fil des minutes, venant parfois même anéantir les caractéristiques de certains personnages. Ainsi, le juge Felder, présentée comme une forcenée de travail passant 10 à 15 heures à travailler d’arrache-pied au tribunal chaque jour, va brusquement rester chez elle et ne venir au Palais que quelques minutes dans une journée pour les besoins du scénario.

L’exagération des libertés prises par certains dans l’exercice de leurs fonctions ne fonctionnera pas, même dans l’esprit d’une comédie loufoque.

A force de lorgner vers la comédie populaire susceptible de provoquer des millions d’entrées, Dupontel sombre dans l’humour pantouflard et franchouillard dans sa plus grande médiocrité. Les gags visuels empreints de lourdeur, les répliques téléphonées se répéteront inlassablement jusqu’au terme (sans mauvais jeu de mots), tandis que le personnage de l’avocat bègue bafouillera le même numéro à chacune de ses apparitions, sans aucune originalité.

Dupontel n’hésite même pas à s’approprier des éléments du style de de Funès (le personnage de l’avocat), de Jeunet (le personnage de Dupontel), sans toutefois en reproduire le talent.

Mis à part ces références (louables), 9 mois ferme ne fait même au bout du compte que reprendre les ingrédients typiques d’une comédie française éculée.

Prévisible de bout en bout, peuplé de personnages irritants issus du siècle dernier, 9 mois ferme ferait presque passer Rien à déclarer pour une comédie plaisante.

La comédie française aura montré deux visages en 2013.

D’un côté, la modernité et l’efficacité dans l’humour avec Amour et Turbulences ou Les Gamins .

D’un autre côté, l’utilisation de vieilles recettes pour servir des plats indigestes comme ce 9 mois ferme, qui semble avoir 30 ans de retard sur son époque.

Note du film: 2/10

 

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7 réflexions au sujet de « Critique 9 mois ferme: 1h22 ferme! »

  1. Ah ba on a pas du tout les mêmes goûts en comédie! J’ai trouvé les Gamins assez mauvais malgré quelques bons passages et au contraire 9 mois j’ai trouvé ça très bien, hyper simple mais efficace. Et j’adore justement cette caricature à mi chemin entre l’absurde, la réalité d’un univers droit et austère comme la justice…et tous les acteurs sont tops!

  2. Bonjour Wildgunslinger, et bien je croyais être la seule à n’avoir pas trop aimé le film. J’ai surtout trouvé que les gags n’étaient pas toujours très drôle et que le scénario manquait d’épaisseur et que c’est à peu près du n’importe quoi surtout à la fin avec l’avocat bègue (qui est très bien d’ailleurs). Bonne après-midi.

  3. j’ai trouvé ce film plaisant sans être exceptionnel (j’ai trouvé son Enfermés dehors bien meilleur, par exemple) et je comprends que Dupontel ait voulu se racheter une conduite afin de renouer avec le succès public. Au détriment de toute essence trash malheureusement tant ce « 9 mois ferme » se révèle gentil/mignon (avec cependant un sursaut gore rigolo mais c’est bien tout, hélas), très convenu, prévisible et trop théatral. Il n’empêche que je ne me suis pas trop ennuyé (le film a le mérite d’être court), que je suis content de voir ce petit film avoir du succès (je le trouve moins beauf que les danybooneries)…mais j’aimerai voir Dupontel renouer avec la folie de ses débuts. Il s’est embourgeoisé, Bernie !!!

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