Gravity

Gravity, d’Alfonso Cuaron est-il le chef d’oeuvre annoncé?

Réunissant Sandra Bullock et George Clooney au casting, le réalisateur des Fils de l’homme tente le pari risqué du thriller de l’espace. Misant avant-tout sur une ambiance, le scénario, plutôt minimaliste, parvient pourtant à plonger le spectateur dans une immense aventure humaine.

Réputé pour livrer des films d’une grande qualité visuelle, Cuaron parvient à s’extirper du piège de la 3D, un peu à la manière de Ridley Scott avec son Prometheus, pour aboutir à un rendu très agréable à l’œil. Par-dessus tout, le réalisateur mexicain réussit à nous faire croire en un clin d’œil au décor en apesanteur.

Il faut louer ici le travail réalisé pendant les quatre ans et demi du tournage, puisque les deux tiers de la durée du film se dérouleront hors des capsules et stations, pour placer les personnages purement et simplement dans l’espace.

Mention spéciale bien évidemment aux scènes de dérive de Sandra Bullock, qui procurent des sensations intenses, d’ailleurs saluées par quelques cosmonautes américains.

Dans l'espace, personne ne vous entendra crier si vous ne parvenez pas à monter votre meuble Ikéa
Dans l’espace, personne ne vous entendra crier si vous ne parvenez pas à monter votre meuble Ikéa

Gravity bénéficie également du fruit d’un travail qu’on imagine énorme sur la piste sonore. Le film n’aura en effet pas encore commencé que toute la salle sera agitée de vibrations. Les effets réguliers parcourant le long-métrage jouissent d’une puissance rarement (jamais?) atteinte dans une salle de cinéma, de mémoire de wildgunslinger.

Si vous avez la possibilité de voir le film en imax, l’aventure doit valoir son  pesant de cacahuètes.

Au-delà de toutes ces qualités techniques, Cuaron nous plonge avec une efficacité redoutable dans son thriller cosmique, nous faisant frémir, trépigner, rager et s’inquiéter pour le personnage interprété par Sandra Bullock.

Même si le parcours des deux personnages est assez simple, l’impression d’être embarqué dans un périple impossible est bien là.

Impossible de résister à cette odyssée en apesanteur.

Si d’un point de vue cinématographique il faut louer l’excellent rendu de Gravity, le film n’est tout de même pas exempt de petits défauts, qui lui feront manquer le statut de chef d’œuvre du septième art.

Il ne faudra en effet pas oublier la prévisibilité du scénario, qui ne nous offre finalement que peu de surprises. Ce défaut sera toutefois compensé par l’intensité et la nervosité des deux ou trois climax que compte le film.

Et puis ce choix de la 3D, probablement mercantile, une fois de plus, nuit sans doute à la beauté visuelle du film, dont on ne pourra admirer toute l’ampleur qu’en blu-ray, sans l’ajout du gadget que les studios et complexes de cinéma essaient de rentabiliser depuis 2009…

Cuaron parvient toutefois à s’accommoder de cet handicap avec talent, se payant même le luxe de projeter une vis ou boulon à la tête du spectateur ou profitant de l’effet pour offrir quelques points de vue du casque de Sandra Bullock saisissants.

Sandra Bullock livre encore une fois une prestation très forte, portant parfois même un film pourtant très efficace sur ses épaules. Son jeu oscille entre expression d’un grand charisme, sensibilité et féminité. A 49 ans, l’actrice, rayonnante, pourrait bien être nominée et même recevoir son deuxième oscar, si le calendrier a priori peu favorable de la sortie du film par rapport à la date de la cérémonie le permet.

George Clooney quant à lui, fait preuve d’une grande maturité dans son jeu, offrant un recul intéressant à son personnage, même si on pourra être un peu gênés par ses premiers déplacements, qui semblent un peu artificiels et peut-être prévus pour montrer à quel point la gestion de l’apesanteur est bonne.

Gravity est donc un très bon film, proposant une épopée hors du commun, jusqu’à sa scène finale, qui vous laissera pantois sur votre siège. Nerveux, immersif et intense, ce film ne doit pas être raté en salles.

Note du film: 8/10

P.S.: ATTENTION, CETTE ULTIME PARTIE EST RESERVEE AUX LECTEURS AYANT DEJA VU LE FILM

La prévisibilité du scénario évoquée plus haut se concrétise par l’issue prévisible du film, puisqu’on se doute rapidement du sort qui sera réservé au personnage de Sandra Bullock.

Ce phénomène est amplifié par le fait que le cours des évènements sera rendu entièrement prévisible par le plan que lui expose George Clooney sur la seule façon de se sortir de ce mauvais pas. A partir du moment où Sandra Bullock se retrouvera seule à l’écran, elle ne fera que suivre ce schéma.

La scène finale, est certes saisissante et cloue le spectateur sur son siège pendant le générique, seule solution pour se remettre de ses émotions.

Elle est néanmoins pour partie artificielle, la musique jouant un rôle clé dans le final. Comme nous l’expliquaient justement Justin Timberlake et Mila Kunis dans Friends With Benefits, le choix du morceau inspire dans ce cas un sentiment au spectateur, particulièrement lors de la conclusion d’un film.

Ici, il s’agit d’insuffler un sentiment de triomphe, de puissance amplifiant la réussite du personnage. Plus que cela, cette musique laissera le spectateur sur une note intense, renforçant son sentiment d’avoir vu un film époustouflant de bout en bout. 

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12 réflexions au sujet de « Gravity »

  1. Complètement d’accord avec ta critique, pour moi Gravity est un véritable chef d’oeuvre car son scénario est très malin et très bien écrit. Là où toi tu y voit quelque chose de prévisible et de simple (ce qui est vrai), moi j’y vois surtout en arrière plan, la thématique de la renaissance et de l’humain. La mise en scène de Cuaron aide beaucoup dans la compréhension de ses deux thèmes. Chaque scène est un véritable tableau. Une oeuvre à part entière !

    1. Je lui attribue quand même un bon 8/10 😉
      Le côté minimaliste et simple du scénario ne m’a pas gêné, puisque le procédé fonctionne.
      Je regrette juste (un peu) la prévisibilité.

  2. Visuellement le film est énorme, qualité jamais atteinte jusqu’à présent je pense, la lumière est particulièrement hyper réaliste (d’après les experts en tout cas). Le gros défaut c’est une fin catastrophique et une insistance hyper lourde sur le fœtus et la renaissance…A vrai dire je trouve ça vraiment de trop et trop cliché américain.Après la tension est hyper bien maintenue dans un genre minimaliste comme ça, c’est un coup de maître.

  3. J’ai beaucoup aimé l’atmosphère angoissante et les pics de tension qui rythment le récit. Mais je n’ai pas trouvé le film si incroyable que ça. Tous les effets sont concentrés sur la première demi-heure et ensuite cela devient un peu répétitif. Je suis d’accord avec toi sur le fait que ce soit prévisible et j’ai trouvé la scène finale un peu ampoulée. Je pense que le fait d’avoir vu les deux scènes les plus impressionnantes du film dans les teasers m’a un peu gâché le plaisir. J’étais beaucoup moins bluffée. Et concernant le propos du film (la place de l’homme dans l’univers, le cycle de vie) je ne le trouve pas forcément très subtil… Les effets sont très bien en IMAX 3D mais je m’attendais à ce que ce soit plus spectaculaire. Ce que je retiendrai avant tout c’est la tension du film.

  4. Tu sais quoi ? plus j’y repense et plus ce film baisse LEGEREMENT dans mon estime… Je me rends compte combien le scénario est « ticket de métro », quand même. Je constate donc qu’il s’agit surtout d’une énorme prouesse technique avant tout…avant d’être narrative. Mais bon, j’ai quand même vraiment aimé, hein, tu le sais… Son rapport avec la maternité, cette naissance à la fin qui m’a scié les jambes… Ce film est beau… Mais je regrette juste que le scénario ne soit pas plus complexe.

  5. Grosse déception pour ma part. Ce film n’a rien d’un chef d’œuvre, il propose une expérience incroyable, certes, mais nullement de cinéma, c’est une démo technique qui tente, désespérément de ne pas perdre le spectateur lambda,du coup : scènes tire larmes, successions de catastrophes, musique qui fait POUIIIIIIN, allégories méta pour enfant de CP, bref : un film très mainstream qui ne flatte que l’œil et rien d’autre. J’explique tout ça dans mon article : http://bit.ly/17BMjMQ

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